3. Un positionnement

Pour montrer la route que je veux tracer pour notre Université, il faut d’abord que je précise comment je vois son positionnement dans ses grands domaines d’activité et dans son contexte.

Enseignement

L’université forme du Bac au Doctorat dans la plupart des domaines de la connaissance. Cette intégration des étapes de la formation et de différents domaines offre, de fait, une richesse d’interactions bénéfique pour tous. Cette vue exclut une hiérarchie des domaines sur la base de leur utilité supposée. N’oublions pas qu’avant la révolution industrielle, le caractère « utile » de la physique ou de la chimie était tout relatif. D’autres domaines « utiles » émergeront dans une société post-industrielle où l’enjeu ne sera plus la production de biens matériels, mais le sens à donner à la vie dans un contexte où le travail ne sera plus l’élément structurant principal. De manière générale, je tiens à rappeler que tout domaine qui contribue à l’accroissement des connaissances est profitable d’un point de vue universitaire.

Notre public étudiant est largement régional au niveau du Bac, plus international au niveau du Master et du Doctorat. Accueillir des étudiants étrangers, d’origines variées ou de cultures différentes est non seulement positif pour les intéressés, mais tout autant pour nos étudiants locaux et le corps enseignant qui apprennent aussi beaucoup à leur contact. Tout comme les séjours Erasmus « in » et « out », cela fait partie de ce qui nous caractérise.

Qu’en est-il du caractère élitiste de l’Université ? Sélectionner n’est pas former. La vue simpliste selon laquelle la sélectivité serait garante de la qualité de la formation n’est pas défendable. Nous devons nous adapter à un public étudiant dont le bagage à l’entrée et l’approche à l’apprentissage sont maintenant différents. Mais, notre objectif doit rester de fournir à nos étudiants un environnement stimulant qui leur permette de développer leurs savoirs et compétences au maximum de leurs possibilités. C’est cet élitisme-là que nous voulons.

Finalement, dans un monde en changement, une formation n’est jamais achevée : se remettre à jour, voire se réorienter radicalement fera partie du parcours de vie de tous. C’est une opportunité que nous devons rendre accessible à nos anciens et à la communauté qui nous entoure.

Recherche

Trop souvent, on oppose recherche et enseignement, voyant l’une comme une distraction de l’autre. Mais, au-delà du plaisir intellectuel, chercher et participer à la création des connaissances nourrit son enseignement et évite qu’il ne se sclérose. C’est aussi être connecté au réseau mondial de la connaissance et en faire profiter tant nos étudiants que les entreprises et la société qui nous entourent. L’intégration de la recherche et de l’enseignement est notre modèle.

Taille et moyens ne permettent pas à l’Université de Liège d’être présente sur tous les fronts, mais elle doit être excellente sur les spécialités qu’elle développe. Le but n’est pas de concurrencer systématiquement Harvard ou Stanford, mais d’être du même niveau dans des niches choisies.

Positionnement régional

Dans son contexte local, l’Université de Liège doit se positionner vis-à-vis des autres établissements d’enseignement supérieur, des gouvernements et du monde politique en général, ainsi que vis-à-vis du monde économique et associatif.

Vis-à-vis des hautes écoles, si on s’en tient à l’esprit du décret Paysage, l’interaction concerne surtout les écoles qui nous sont géographiquement proches.  Dans ce cadre, une coopération en matière de services de support et d’infrastructures est naturelle et positive pour tous. Pour l’enseignement, les Bacs professionnalisants sont largement du ressort des hautes écoles, tout comme le Doctorat est la prérogative de l’université. Les Masters sont aujourd’hui très majoritairement organisés par l’université. C’est cette direction qu’il faut défendre. Les Masters en haute école n’existent que dans des cas très spécifiques et doivent demeurer l’exception. En outre, les Masters en co-organisation impliquent une gestion complexe, ce qui ne plaide pas pour leur multiplication.

Reste l’épineuse question de la Formation Initiale des Enseignants, pour laquelle un décret en préparation présente une réforme induisant une situation très complexe avec des formations impliquant à la fois universités et hautes écoles.

Ici, je défendrai une simplification de la législation, ou si elle est votée, de ses modalités de mise en œuvre. Mais surtout, la qualité de la formation de nos étudiants doit rester la priorité et guider toute question d’organisation pratique.

Pour ce qui est de la recherche, il est certainement positif que des enseignants de haute école s’y impliquent. Toutefois, multiplier les infrastructures serait un gaspillage injustifiable. La solution est d’associer les enseignants des hautes écoles à des équipes universitaires ou de centres de recherche agréés. Cela aura le double avantage d’une meilleure utilisation des moyens et de créer des contacts et de la collaboration.

En ce qui concerne les universités, est-il vraiment illusoire de penser que l’on pourra un jour agir solidairement pour mettre un terme au mécanisme destructeur pour tous de la répartition du financement en enveloppe fermée ? Les discours mettent en évidence la coopération, les faits trop souvent la concurrence. Pourtant, la convergence des intérêts et des points de vue est régulièrement présente.

Nous profiterons des excellents contacts que les membres de mon équipe et moi-même avons, de longue date, avec les autorités des autres universités pour mettre en place et défendre une véritable politique des universités.

Par rapport au monde politique, le positionnement d’une institution très majoritairement financée par les pouvoirs publics, qui en constituent aussi le pouvoir organisateur, n’est pas toujours simple. Il faut agir pour obtenir des moyens sans jamais abandonner une attitude critique dans les débats sur les législations et choix proposés en matière d’enseignement supérieur et de recherche.

La voie que je choisis est de porter avec énergie, dans le cadre d’une solidarité interuniversitaire, les positions solidement étayées auxquelles nous croyons. Je suis persuadé que cela peut être remarquablement  efficace !

Le monde économique et associatif représente pour l’Université de très nombreuses possibilités de collaboration et de partenariat. Employeurs de nos diplômés, partenaires de recherche, intervenants dans nos enseignements, les rôles sont multiples. L’Université a tout à gagner d’une bonne intégration dans son environnement.

Au fil des années, une réelle dynamique s’est mise en place entre l’Université et les acteurs du monde économique. L’Université est un acteur central du développement économique régional dans des secteurs comme la santé, l’aérospatiale, les matériaux et les biotechnologies. De fait, les spin-offs et startups issues de l’Université de Liège représentent aujourd’hui plus de 1500 emplois. La visibilité et le dynamisme émanant du Pôle Santé liégeois « B2H » (collaboration entre le CHU, MEUSINVEST et Université de Liège) présagent très favorablement des autres plateformes institutionnelles d’excellence qui déjà se mettent en place dans d’autres secteurs, avec à la clé innovation, valeur économique et emplois.

Positionnement international

Il y a de nombreuses raisons pour lesquelles l’Université de Liège doit être visible internationalement, en particulier l’établissement de collaborations de recherche, la mobilité de nos étudiants et notre recrutement. Dans une large mesure, les contacts de nos enseignants et chercheurs, ainsi que nos alumni disséminés à travers le monde, sont les maillons principaux de notre réseau international. Des accords institutionnels complètent utilement le réseau, pour autant qu’ils vivent au-delà de la signature d’un projet d’accord. Pour aboutir, l’investissement est considérable et il faut identifier des partenaires privilégiés pour développer des projets structurants.

Tout aussi importante, l’activité de l’Université en coopération au développement fait partie de notre culture et doit se poursuivre.

Parmi les pays en développement, nous privilégions les partenaires universitaires francophones pour mettre en place, de manière durable, des plateformes d’enseignement et de recherche, notamment grâce à la formation doctorale.

Communication

La communication est un élément essentiel de la stratégie de l’Université. Elle doit être le reflet de sa vision. Les grandes déclarations et les messages de positionnement sont incontournables, mais rien n’est plus convaincant que de montrer ce qui est réalisé. Dans l’enseignement, diffusons des cours vitrine de type MOOC, ou mettons en valeur des nouveaux outils d’apprentissage, notamment en réalité augmentée ou en simulation. Faisons aussi découvrir des parcours de vie de nos étudiants et de nos enseignants. Dans le domaine de la recherche, continuons à diffuser nos résultats et à les vulgariser dans l’esprit du site « Réflexions ». Dans le domaine culturel, poursuivons la diffusion de nos savoirs et richesses, à l’image de l’ancien site « Culture ». Enfin, mettons bien plus en valeur nos enseignants et chercheurs, ainsi que leur impact sur la société.

Cette communication, orientée vers du contenu, gagne à être planifiée et doit tenir compte de ses cibles. Elle contribuera à notre visibilité, notre notoriété et notre attractivité et sera aussi un excellent outil pour renforcer notre sentiment d’appartenance à une Université dont nous sommes fiers.