Chronique d’un programme retardé

Le dépôt des candidatures pour l’élection rectorale de l’Université de Liège s’est clôturé le lundi 12 mars et la commission électorale s’est réunie ce mercredi 14 pour procéder à l’examen des candidatures. Processus qui habituellement se résume à vérifier que les candidats ont bien remis les documents demandés et satisfont effectivement aux conditions d’éligibilité.

Mais, cette fois il y avait une surprise ! Un des candidats, Albert Corhay, avait introduit une réclamation à propos du contenu supposé du programme d’un mystérieux candidat P. Volper. Assez naturellement la commission a conclu qu’il s’agissait de moi, le nom cité étant fort proche du mien. Nul n’est à l’abri d’une erreur mais, par trois fois répétée, celle-ci sortait de la plume du Recteur de mon Université que je côtoie depuis plus de 20 ans et qui a vu mon nom dans des documents des centaines de fois. Je suis un peu vexé, je l’admets. La réclamation ne me concernait pas personnellement, mais bien le fait que j’avais fait état de mon intention de proposer Eric Haubruge comme Vice-Recteur et que cette information ne pouvait pas figurer dans mon programme. Le motif présenté était qu’Eric Haubruge, ayant déjà été deux fois Vice-Recteur, n’est plus éligible pour un troisième mandat.

De fait, mon programme citait Eric comme Vice-Recteur dans ma future équipe. Il a été de 2009 à 2014 Vice-Recteur du site de Gembloux et de 2014 à 2018, Premier Vice-Recteur de l’Université de Liège, désigné par son Conseil d’Administration. La loi dit bien que le mandat du recteur, du ou des vice-recteurs n’est renouvelable qu’une fois. Il faut toutefois se rappeler que le contexte légal a été modifié par de multiples décrets dont : un de 2008, introduisant la possibilité de vice-recteurs « supplémentaires », un autre la même année pour la fusion avec Gembloux et introduisant le Vice-Recteur de site pour Gembloux, élu par le corps académique de Gembloux, et un troisième en 2013, ouvrant le scrutin à l’ensemble du personnel et des étudiants et supprimant le poste de Vice-Recteur désigné par la Faculté de Gembloux.

Le premier mandat de Vice-Recteur d’Eric Haubruge est donc un mandat qui n’existe plus dans l’Université de Liège et, des esprits à la logique visiblement incertaine (dont le mien) n’ont pas vu dans son bien différent mandat actuel de Premier Vice-Recteur, le renouvellement du précédent. Il est d’ailleurs piquant de se souvenir qu’Albert Corhay a déploré qu’Eric Haubruge ne voulait plus se représenter avec lui comme Vice-Recteur pour cette élection.

La question a été tranchée par la commission électorale ce vendredi 16. Préalablement, j’avais transmis une nouvelle version de mon programme où il n’est plus mentionné qu’Eric Haubruge sera proposé comme Vice-Recteur, cette information n’étant ni nécessaire, ni obligatoire. J’ai pu présenter mon point de vue qui ne demandait rien d’autre que la publication immédiate de mon programme, cela en présence du Prof. Ann Lawrence Durviaux, spécialiste en droit administratif, représentante du Professeur Corhay et proposée comme Première Vice-Rectrice dans son programme électoral.   La commission a tranché et sa décision communiquée à la communauté universitaire : mon programme modifié est publié et la commission « prend acte » de l’inéligibilité d’Eric Haubruge à la fonction de Vice-Recteur.

Ce qui me frappe dans cette histoire ne sont pas les aspects légaux, mais les aspects humains. Mon intention de présenter Eric Haubruge comme Vice-Recteur était bien connue depuis au moins un mois, mais personne dans l’Université n’a attiré son attention, ni la mienne, sur ce problème qui est maintenant présenté comme évident. Qu’il soit soulevé par une réclamation introduite au moment du dépôt des candidatures, et avant la publication des programmes, relève de la guerre tactique électorale où l’on tente de saper les concurrents.

Ce n’est pas ma vue d’une élection rectorale où le débat des idées doit dominer. C’est encore moins ma vue des rapports humains au sein de l’Université. Eric est meurtri, se sent brutalement écarté alors qu’il s’est énormément investi pour l’Université. Je partage sa peine et admire le courage avec lequel il poursuit son travail, dès le premier choc passé. Pour lui et pour tous, je me battrai pour que dans l’Université règnent l’éthique, l’humanité et la liberté, ce sont mes valeurs, celles de mon programme et j’en serai le garant, pas en mots mais en actes.

Un programme, un site

entete2

Mon programme officiel pour l’élection rectorale a été déposé. Vous le trouverez ici, ainsi que sur mon site de campagne électorale, euliege.be. Le nom de ce site (Ensemble pour l’ULIEGE) est emblématique de l’esprit dans lequel je me lance dans cette élection. Plus qu’un candidat, qu’une équipe, l’objectif est de mobiliser toute la communauté universitaire autour d’un programme par lequel, ensemble, nous ferons rayonner l’Université de Liège.

Des réponses et des questions

site mandatdurecteur2

 

Sur un site un peu inattendu « mandatdurecteurliege » est apparu récemment un texte qui se présente comme une suite à la carte blanche parue dans La Libre Belgique début décembre 2017. Le texte a clairement pour objectif de susciter le débat et pose des questions aux candidats Recteur. Il s’agit d’une initiative constructive, tout comme le « Livre vert » préparé par le Conseil du Corps Scientifique qui, très naturellement, est lui plus orienté vers des questions relatives à la carrière. Le texte diffusé est assez long et comporte au moins autant de prises de positions que de questions, celles-ci étant déjà nombreuses.

Un débat serait le cadre idéal pour que les idées de chacun ressortent avec finesse et soient bien comprises. En attendant qu’il s’organise, plutôt que de rester muet, je présente mes premières réactions sur les quatre thèmes abordés dans le document. Une analyse plus circonstanciée sera bien sûr aussi développée dans le programme.

Le Recteur et le pouvoir politique

Le Recteur d’une institution très majoritairement financée par les pouvoirs publics a forcément des contacts fréquents avec le monde politique. Il s’agit d’une relation délicate car le rôle du Recteur est à la fois d’obtenir des moyens pour son université et d’intervenir, souvent de façon critique, dans les débats sur les législations et choix proposés en matière d’enseignement supérieur. Heureusement, les objectifs des gouvernements ne sont pas toujours à l’opposé de ceux défendus par l’université, mais il reste essentiel de pouvoir défendre fermement et efficacement la position universitaire, même si cela ne plaît pas forcément au pouvoir en place. Cela exige d’être aussi convaincu que convaincant, toujours sur la base d’un raisonnement solidement étayé et, surtout, de ne pas porter d’entraves à sa liberté.

Le Recteur et la définition de l’université

Le concept d’une université où recherche et enseignement vont de pair et se renforcent mutuellement est déjà ancien. Régulièrement critiqué, il reste néanmoins la référence jamais détrônée. Le modèle étant établi, reste à optimiser sa mise en œuvre. Là aussi les ingrédients essentiels ne sont pas bien mystérieux : la bonne gestion des recrutements et promotions, un cadre de travail combinant support et liberté, des objectifs clairs et partagés, un minimum de tracasseries perturbantes et des moyens suffisants. Ce dernier point est souvent le plus difficile à garantir vu les contraintes du système de financement en FWB, mais les autres ingrédients n’exigent rien de plus que la volonté de les mettre en œuvre. L’absurde est que, quand les moyens manquent, on a tendance à restreindre la liberté et augmenter les tracasseries, ce qui déclenche une spirale infernale. C’est un peu comme ce qu’on peut observer dans l’économie où des politiques trop restrictives transforment parfois une perturbation en dépression profonde. Au contraire, en période de crise, la confiance, la solidarité, un agenda clair et transparent sur des priorités partagées permettent de mobiliser les énergies et de ressortir plus fort.

Le Recteur et la gestion de l’institution

Gérer une institution de 5.000 personnes accueillant 23.000 étudiants n’est forcément pas toujours simple et les problèmes ne manquent jamais. Dans cette tâche, l’écoute et la concertation sont des aides précieuses, pour tout dire indispensables. Il faut laisser s’exprimer les idées et ouvrir le débat. Par contre, trop de structures ou d’organes, la multiplication des procédures sont une surcharge délétère ; ils font aussi que très souvent on ne décide pas, ou que l’on s’en tient aux choix les plus conservateurs. Les règles ou formules simplistes appliquées uniformément dans l’institution évitent les discussions de fond, mais sont un vrai danger. En procédant de la sorte, on ne gère plus et, le plus souvent, on se contente de propager les situations et les erreurs du passé. Une université ne se gère pas non plus comme une entreprise, son rôle et son mode de fonctionnement sont trop différents. La rentabilité de la production de savoir et de la formation ne se mesure pas. Ce sont des processus qui se construisent dans le questionnement et l’expérimentation et où l’essentiel est de mobiliser son personnel pour avancer avec audace.

Le Recteur et la communication

Le Recteur donne une image de l’institution, en interne, mais aussi en externe où il est un interlocuteur privilégié portant la réputation et la crédibilité de son université. C’est donc un rôle essentiel que l’on ne peut négliger. Plus généralement, il en va ainsi de la communication institutionnelle. S’il y a une vision claire et largement partagée du rôle de l’institution et de l’image qu’elle veut projeter, les choix se font naturellement. C’est aussi par la communication tant interne qu’externe que se (re)construit une communauté universitaire.

Candidature: Articles de presse

titres

Deux articles de presse récents dans  Le Soir et  La Meuse parlent de ma candidature au Rectorat de l’Université de Liège. Les titres sont accrocheurs avec des termes comme « OPA » et « Alliance pour contrer » et, dans le texte, on voit apparaître des mots aussi forts que « trahison », c’est bien sûr la règle du genre.

Au-delà des mots, ces articles portent des messages importants. Tout d’abord, l’Université de Liège est une institution qui ne laisse pas indifférent et l’élection d’un Recteur n’est pas vue comme un événement anodin. Cela se comprend, l’Université joue un rôle crucial et n’est plus un paquebot naviguant en eaux paisibles. Elle est à la croisée de chemins et fait face à de nombreux défis. Dans ce contexte, le capitaine et son équipage ont clairement un rôle crucial.

Ensuite, la diversité des parcours de l’équipe qui me soutient interpelle, en particulier en ce qui concerne les deux Vice-Recteurs du Recteur actuel. S’ils me rejoignent c’est que toute l’équipe partage une vision. La vision d’une université unie, forte et rayonnante qui remplit pleinement son rôle et veille au bien-être de ses étudiants, comme de son personnel. Cette vision rassemble et que je puisse la porter avec un tel soutien est pour moi un grand honneur. Si c’est cela une « OPA », les banquiers d’affaires seraient tous au chômage.

Remarquons enfin que « trahison » est un mot fort annonçant un danger. Un danger certainement quand c’est à des idéaux et des valeurs que la fidélité fait défaut. Un grave danger pour la démocratie lorsque c’est prendre position et s’exprimer librement qui est qualifié de « trahison ». L’histoire est là pour nous le rappeler.

Une équipe, une histoire : continuité, rupture et rassemblement

IMG_1654 copie

L’équipe a déjà une longue histoire :

  • celle de liens consolidés durant des années, en se côtoyant dans l’université, dans ses conseils ou commissions, dans des fonctions à responsabilités et dans de l’interdisciplinarité qui n’était pas qu’un slogan ;
  • celle de points de vue parfois discordants et de débats animés, mais toujours respectueux, d’échanges, de collaborations, où tous se sont retrouvés dans la découverte des qualités de l’autre ;
  • celle d’engagements pour l’Université de Liège, d’une vaste expérience accumulée et de défis que nous voulons continuer à relever. Continuité.

L’histoire est aussi celle d’examens de conscience, de doutes, de remises en cause de choix posés, d’interrogations sur ses forces et faiblesses et du courage de renoncer par conviction au confort du silence complaisant. Rupture.

C’est enfin le regroupement derrière des objectifs partagés, où chacun trouve le rôle qui lui convient, mais où l’essentiel est de travailler unis pour l’Université de Liège. Rassemblement.

Ce rassemblement est ouvert ! Certains ont un rôle précis comme décrit ci-dessous, mais rejoignez-nous et portons le projet d’une université rayonnante, bâtie sur la force de l’enthousiasme de ses membres et veillant à leur bien-être !

 Ensemble pour l’Université de Liège !

 Autour de Pierre Wolper, Recteur, cinq Vice-Rectrice/Recteurs auront en charge

  • l’enseignement et le bien-être : Anne-Sophie Nyssen,
  • la recherche : Fabrice Bureau,
  • l’organisation interne, l’image et le positionnement institutionnels : Jean Winand,
  • l’innovation, le développement régional et les relations internationales : Eric Haubruge,
  • les infrastructures, la politique immobilière et les finances : Rudi Cloots.

Des Conseillers épauleront l’équipe rectorale pour des domaines importants :

  • Vincent D’Orio pour la santé et les affaires médicales et hospitalières,
  • Philippe Hubert pour la qualité et l’évaluation.

Candidature

Dans un environnement en évolution rapide impliquant de nombreux défis, l’Université de Liège doit, plus que jamais, aller de l’avant dans un esprit constructif et de coopération. Ainsi, fort du soutien des personnes reprises ci-dessous, qui ont accepté avec enthousiasme de travailler avec moi et de mettre leur expérience au service de l’Université, je serai candidat à l’élection rectorale 2018.

 Pierre Wolper

Anne-Sophie Nyssen       Philippe Hubert        Eric Haubruge
Vincent D’orio     Jean Winand      Rudi Cloots      Fabrice BureauIMG_1674 recadree

Retour à l’essentiel

En anglais, l’expression « Back to Basics » est à la fois parfaitement claire et portée par une agréable allitération. La formule est difficile à reproduire en français bien que l’on pourrait tenter « Priorité au Primordial ». Vu le sujet, j’ai toutefois choisi un titre simple, naturel et clair plutôt que de favoriser la tournure de style.


Le nombre de nouveaux étudiants inscrits est suivi quotidiennement avec minutie, les rankings sont surveillés et analysés dès leur parution, les futures règles de financement font l’objet de spéculations angoissées et d’une analyse financière poussée, la comparaison avec les autres universités est constante, … en bref, tous les paramètres de l’Université sont étroitement surveillés avec la diligence d’un hypocondriaque anxieux.

Dans cet état d’esprit, toute variation suspecte d’un paramètre exige une réaction : on s’inquiète, on consulte, on cherche l’organe (la faculté) responsable, on propose des mesures de prudence, on crée un groupe de travail, on renforce la surveillance des indicateurs, on investit dans la promotion et la communication et, surtout, le niveau général d’inquiétude monte. Mais, l’Université est-elle malade ou maladivement hypocondriaque ?

Gérer rationnellement une institution est impossible sans connaître sa situation que ce soit sur le plan financier ou du recrutement étudiant. On ne peut ignorer que nous vivons une période de changements avec ses menaces, ses opportunités et toutes les questions et choix qui en découlent. Nous dépendons largement d’un pouvoir politique interventionniste et dont l’orientation et les options pourraient rapidement changer. Il y a de quoi arriver à un état de préoccupation obsédante et réagir frénétiquement à tout signal perturbant par des mesures superficiellement rassurantes, que ce soit de nouvelles évaluations, de nouvelles structures internes, des restrictions, ou encore de nouvelles règles et procédures.

Mais, la combinaison toxique d’actions (forcément stratégiques), de la concurrence interne face aux restrictions et de préoccupations existentielles fait oublier la clé du succès et de la pérennité de l’Université : un enseignement de qualité, une recherche performante et une implication constructive dans la communauté qui nous entoure, en bref bien réaliser nos missions essentielles. Une université qui remplit bien, très bien, son rôle apporte tellement que l’irrationalité politique qui mènerait à la priver dangereusement de moyens n’est pas imaginable.

 « Bien réaliser ses missions » est facile à dire, mais comment y arriver ? Bien plus qu’un plan détaillé, travailler et décider en ayant toujours cet objectif à l’esprit nous mènera loin. Cela veut aussi dire permettre à chacun de travailler dans la coopération plutôt que la concurrence, dans la confiance plutôt que le contrôle, dans le plaisir du travail bien fait plutôt que la comptabilité des résultats. Idéaliste, peut-être, mais irréaliste certainement pas. Les membres de l’Université ont de grandes compétences, ne les étouffons pas, mais libérons leur potentiel pour nos missions essentielles qui sont aussi leur motivation. C’est ainsi que les problèmes se résoudront et que nous progresserons, y compris dans les rankings.

Malaise

Un texte publié sur le site de La Libre Belgique ce lundi 4 décembre [1], et signé par 124 de ses membres, présente l’Université de Liège comme la juxtaposition de deux universités qui ne se comprennent pas et vivent dans un malaise profond. Il y a différentes façons d’interpréter ce schisme universitaire. On peut le voir comme l’opposition entre la volonté de progrès et la nostalgie du passé, comme l’incompréhension entre disciplines et filières « utilitaires » et celles réputées être « purement académiques », comme le rejet des techniques managériales par des universitaires englués dans leurs traditions, ou encore comme le reflet d’un malaise bien plus large qui a envahi non seulement l’enseignement supérieur, mais toute la société.

Plutôt que de faire l’analyse de ce texte élégant mais dérangeant, je voudrais simplement partir du constat difficilement contestable que le malaise est bien réel et faire un premier examen tout personnel de ses causes.

Certaines sont externes à l’Université de Liège et touchent de façon similaire tout l’enseignement universitaire francophone de Belgique. Il y a tout d’abord la situation schizophrénique induite par la contradiction totale entre la pression à la collaboration, maintenant personnalisée par l’ARES, et les règles de financement qui poussent à une concurrence féroce. Il y a aussi une certaine frénésie législative qui de réforme en réforme nous plonge dans un « paysage à la sauce bolognaise » qui n’a ni le charme de nos campagnes, ni la saveur de la cuisine transalpine. Tout cela peut se résumer en la constatation trop souvent vérifiée que moins un pouvoir politique a de moyens à consacrer à ses universités, plus il les inonde de règles.

Regardant maintenant à l’intérieur, il faut bien constater que les défauts du contexte externe y sont trop souvent reproduits avec notamment la menace, heureusement peu concrétisée, de répartir les ressources entre facultés suivant les modalités de la distribution entre universités. Cette menace suffit largement à créer un vrai malaise et la coopération interne s’en trouve immanquablement freinée, au détriment de tous.

Sur un autre plan, la prise de décision interne s’est aussi largement complexifiée, ce qui ne la rend ni plus juste, ni plus transparente, mais se paie en lourdeurs et délais générateurs de stress. Prenons à titre exemple la confirmation à titre définitif d’un membre du corps académique qui implique deux procédures séparées impliquant au moins 7 organes internes.

Aussi, le message sur le positionnement et les priorités de l’Université est particulièrement brouillé. La lecture du plan stratégique laisse sans réponse la question de savoir ce qui n’est pas stratégique avec pour conséquence la crainte largement répandue d’être, sans le savoir, dans cette catégorie menacée. La communication dans laquelle on a beaucoup investi en cette année du bicentenaire a son utilité, mais contribue au malaise quand l’investissement est concomitant à la suppression de postes d’assistants qui sont au cœur des missions de l’Université.

Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin pour comprendre le malaise, et je conclus avec les auteurs de la lettre qu’il est temps de construire pour l’Université de Liège un projet qui inspire et rassemble.

 

Vote électronique?

Lors de sa séance de novembre 2017, Le Conseil d’Administration de l’Université de Liège a décidé de revoir la procédure de vote pour les prochaines élections rectorales, s’orientant vers un vote en bureau de vote avec isoloirs, selon des modalités encore à préciser. C’est un grand pas dans la bonne direction, reste à choisir des modalités qui satisfassent toutes les exigences d’un système de vote démocratique, … et que tous les électeurs en soient convaincus.

Voici le texte que j’avais rédigé à ce sujet.


Quand le vote électronique est inacceptable

En 2014, le mode d’élection du Recteur de l’Université de Liège a été profondément modifié. Précédemment, le Recteur était élu par le corps académique qui se réunissait en un seul lieu pour procéder à des tours de votes successifs jusqu’à ce qu’un professeur éligible obtienne les 2/3 des suffrages. Le vote se faisait sur papier et le temps de dépouillement de chaque tour était l’occasion de discussions allant de l’anodin au conciliabule électoral stratégique.

Pour l’élection de 2014, le corps électoral a été étendu à tous les membres de l’Université, étudiants compris, avec un poids électoral distinct pour chaque catégorie de personnel (académique, scientifique, technique et administratif) et pour les étudiants. On peut certainement débattre longuement sur les avantages et inconvénients des systèmes ancien et nouveau, mais le but ici est d’examiner un autre changement concomitant : le passage au vote électronique.

La motivation du passage au vote électronique était essentiellement pragmatique, l’extension du corps électoral rendant de toute évidence une élection traditionnelle avec bulletins papiers et bureaux de vote nettement plus lourde à organiser. Plus lourde, mais certainement pas impossible, l’Université de Mons opérant suivant des règles électorales identiques avait choisi de voter selon la méthode traditionnelle.

Le caractère pratique du vote électronique est indéniable, son défaut est qu’il n’offre pas les mêmes garanties qu’un vote papier traditionnel. Pour qu’une élection puisse être considérée comme démocratique, elle doit satisfaire un certain nombre de caractéristiques :

  • seuls les électeurs légitimes peuvent voter, et ils ne peuvent voter qu’une fois ;
  • le vote est anonyme, c’est à dire qu’il est impossible de savoir comment un électeur individuel a voté ;
  • le vote se fait sans contraintes, l’électeur ne peut être surveillé au moment de son vote, ni avoir par la suite la possibilité de prouver comment il a voté à quelqu’un qui pourrait lui nuire, le favoriser ou l’acheter ;
  • le décompte des votes est contrôlé et peut être vérifié indépendamment.

Une caractéristique tout aussi importante que les précédentes est le fait que l’électeur soit convaincu que la procédure de vote y satisfait. A défaut, il y a le risque que certains n’expriment pas un vote conforme à leur conviction et/ou qu’il y ait contestation du résultat.

Force est de constater que le système mis en place en 2014 ne satisfait qu’imparfaitement ces caractéristiques. Sans même envisager un piratage délibéré du système, il faut bien admettre que chacun n’est pas toujours rigoureux dans la gestion des identifiant et mot de passe servant à établir son identité. De plus, la seule garantie disponible sur les autres caractéristiques du système est la confiance que l’on peut avoir vis-à-vis de ceux qui l’ont mis en place et en l’absence d’interventions malicieuses pour corriger le décompte ou rompre l’anonymat. Personnellement, je suis convaincu que tout s’est passé correctement en 2014, mais il faut bien admettre qu’il s’agit ici d’une conviction qu’il est impossible de faire partager à d’autres par des arguments rationnels. Il s’agit là d’une faille majeure, car peut-on voter en toute indépendance si on doute du respect de l’anonymat dans l’élection d’une personne qui pourra avoir une influence certaine sur l’évolution de sa carrière, par exemple dans le cadre d’une procédure de promotion ?

Les chercheurs en informatique et en cryptographie se sont beaucoup intéressés au problème et diverses solutions ont été proposées. Elles sont complexes, difficiles à mettre en œuvre, souvent dépendantes d’une autorité de certification fiable et surtout, impossible à expliquer à l’électeur non spécialiste à qui on demandera de se fier à un processus qu’il ne comprend pas, ainsi qu’à la mise en œuvre qui en est faite. Ce ne serait donc guère une solution. On peut imaginer des solutions mixtes par exemple une procédure présentielle qui permet d’obtenir un identifiant de vote anonyme avant le vote électronique. Mais alors, le coût est quasi le même que pour une élection traditionnelle et l’absence de contraintes lors du vote n’est pas solidement garantie. La seule solution robuste est d’en revenir au vote papier traditionnel.

 

La démocratie des idées : manifeste pour un renouveau de l’Université de Liège

Expression que j’ai récemment découverte lors d’une conférence sur la transformation des organisations, « la démocratie des idées » évoque avec une élégante simplicité une vision à laquelle je souscris : les idées s’expriment, se font concurrence et celles qui convainquent le plus sont choisies, menant au progrès.

Vu de l’extérieur, la confrontation des idées, parfois à l’excès, paraît être la norme dans le monde universitaire. Ce l’est largement dans la recherche, bien qu’il faut reconnaître que, de tous temps, les idées en rupture avec la pensée dominante ont toujours exigé temps et persévérance pour s’imposer. En est-il de même dans la gestion de notre université ? A première vue, certainement : il y a même pléthore d’assemblées délibératives à la composition savamment dosée pour que chaque composante de la communauté universitaire y soit adéquatement représentée. La réalité est pourtant que débat, il n’y a presque pas.

Mon analyse est que cela est dû à une déférence craintive à l’autorité amplifiée par un contexte de pénurie chronique des moyens. Trop souvent, avant de s’exprimer dans une de nos assemblées, on pense aux moyens financiers ou humains que l’on essaie de ne pas perdre, à la promotion que l’on désire, aux examens que l’on doit réussir, ou encore à la fonction que l’on brigue. Dans cet état d’esprit, la peur de déplaire à l’autorité prend le pas sur l’expression ouverte de divergences d’opinions, même solidement motivées et constructives.

Le silence n’est pas total et j’espère faire partie de ceux qui s’expriment et prennent position dans le but de faire progresser notre université. Je n’y vois aucun mérite, mais c’est peut-être inconséquent. Un membre du conseil d’administration de l’Université me disait après que je fus intervenu lors de la présentation d’options stratégiques : « je suis d’accord avec toi, mais je ne peux pas le dire ». Sa préoccupation n’était pas personnelle, mais clairement la crainte de nuire à l’entité à laquelle il est associé. Ce sont des mots que je n’arrive pas à oublier.

Nos structures de gouvernance sont affaiblies par le manque de débats ouverts, et cela nuit gravement à l’Université. On pourrait tout revoir, mais les grands chantiers ont une fâcheuse tendance à s’éterniser et le problème est immédiat. Alors pour cette 201e année de l’Université de Liège, j’ai choisi de m’exprimer librement et régulièrement sur ce blog à propos de questions centrales de politique universitaire. J’espère être lu, mais surtout contribuer à relancer le débat. L’Université de Liège est face à de nombreux défis et, en cette année charnière, ne pourra les relever sans remises en cause et émergence d’une vision construite dans l’échange. Vive la démocratie des idées !

 

The only thing we have to fear is…fear itself. F.D. Roosevelt