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Prise de fonction

Le 11 octobre à 19:00, mon élection comme Recteur de l’Université de Liège était annoncée. Le 23 octobre je prenais officiellement la parole en tant que nouveau Recteur et présentais mon équipe. Le texte de mon discours est repris ci-dessous.


Mesdames et Messieurs en vos titres et qualités,

Ce discours de rentrée, je l’ai divisé en trois parties. Je m’adresserai d’abord à la communauté universitaire, ensuite à notre entourage immédiat, ville, région et pays, et enfin au monde.

A la communauté universitaire, j’adresse d’abord mes remerciements pour la confiance qui m’est faite. Elle n’a certes pas été électoralement unanime, mais ce qui comptera est celle que je pourrai et veux construire, jour après jour, au cours des quatre prochaines années. Mes remerciements vont aussi, à ceux qui m’ont accompagné jusqu’ici et à tous ceux qui m’aideront dans la lourde tâche de conduire notre institution.

Parlant de l’Université, la première question que nous devons nous poser est : quelle université voulons-nous ? Heureusement, même s’il y a des nuances dans les avis au sein de la communauté universitaire, l’accord est assez unanime sur quelques caractéristiques essentielles : le renforcement mutuel entre recherche et enseignement, un enseignement qui transmet plus que des compétences pointues, une recherche de qualité intégrée dans les réseaux mondiaux, une forte interaction avec notre environnement proche, que ce soit dans les domaines scientifiques, technologiques, industriels, culturels ou du débat des idées.

En fait, la question n’est pas celle de l’objectif, mais du chemin pour y arriver. Pour le baliser, il faut d’abord s’imprégner du fait qu’une grande université se construit non seulement avec des moyens, mais surtout avec des femmes et des hommes passionnés par la recherche et l’enseignement à qui l’on laisse une grande liberté pour développer leurs activités. La recette est donc relativement simple : il faut avant tout veiller à la qualité de nos recrutements et offrir un environnement qui permette à chacun de développer au mieux ses activités.

Il n’y a rien de mystérieux à un recrutement de qualité : une procédure ouverte, rigoureuse et transparente, ce qui est déjà la règle générale. Cela implique aussi d’annoncer nos postes suffisamment tôt, d’en faire une publicité large, cela contribue aussi à nous faire connaître, et tenir compte du calendrier international des recrutements. Ne sous-estimons pas notre attractivité, d’autant plus que l’Amérique de Trump et le Brexit sont pour nous de tragiques atouts.

Offrir un environnement de qualité est moins immédiat et dépend assez directement de comment notre université fonctionne et utilise ses moyens. Ici, je dirais sans ambiguïté que l’on peut mieux faire. Mon but n’est certainement pas de réformer une fois de plus nos structures, car chaque réforme crée incertitudes et perturbations. Nous commencerons par faire mieux fonctionner ce qui existe. Voici quelques exemples.

Motiver clairement nos décisions en s’assurant que chacune va dans le sens de nos objectifs. Tout compromis de facilité nous fait perdre du terrain.

Evaluer et tenir compte de l’impact de nos décisions sur les individus. Si une décision n’est pas construite sur la concertation en tenant compte des personnes qu’elle affecte et des changements qu’elle implique, elle sera mal perçue, vécue et appliquée.

Examiner les questions globalement. Nos ouvertures de charges arrivent au compte-gouttes à notre Conseil d’Administration, sans qu’une vue globale en soit présentée. Chaque faculté a construit son plan, mais l’intégration de ceux-ci n’est pas explicitement visible.

Raccourcir les circuits de décisions. Ce n’est pas le nombre d’étapes qui fait la qualité d’une décision, mais bien le soin qui est pris à chacune.

Simplifier et alléger nos procédures. Trop souvent, on applique des règles et procédures dont on ne comprend plus l’intérêt ou la motivation. C’est alors le bon moment pour les remettre en cause.

Des principes de bonne pratique certes, mais où est la stratégie ? D’abord un fonctionnement harmonieux qui permet à chacun de travailler dans de bonnes conditions est déjà un objectif stratégique. Pour une université, comme pour une entreprise, une région ou un pays, une gestion cohérente et efficace est une condition indispensable du succès. Ensuite, une stratégie consiste à se focaliser sur un nombre limité d’objectifs particuliers qui contribue à notre objectif général. En voici quelques prioritaires.

La mobilité vers nos campus, en particulier le Sart-Tilman, est clairement un problème. Un objectif est que nos étudiants qui louent un kot, pour se rapprocher du campus, puissent arriver dans leur salle de cours en 15 minutes, grand maximum 30. Notre attractivité tant nationale qu’internationale en dépend.

Notre enseignement doit continuer à s’ouvrir aux nouvelles méthodes permises par le numérique. Tout aussi important, nos programmes d’études doivent, sans surcharge, permettre une ouverture vers des matières autres que la spécialité choisie. C’est notamment ainsi que nous formerons à aborder les problèmes complexes auxquels notre monde est confronté.

Notre gestion des moyens de recherche doit avoir pour objectif de placer le chercheur dans de meilleures conditions pour progresser. Comme l’a très bien formulé mon Vice-Recteur à la recherche, Fabrice Bureau : « un système adapté aux chercheurs, plutôt que des chercheurs adaptés au système. »

Notre rôle par rapport au monde et à son développement durable doit devenir plus central. Nous avons là une triple mission : par notre recherche, comprendre, analyser, anticiper et communiquer ; par notre enseignement, former et donner les outils pour agir ; par notre comportement et notre gestion, être un exemple et une référence.

Nos relations avec la cité, les entreprises, nos Alumni ne doivent plus être négligées. Le bénéfice en sera important et mutuel.

Si je me tourne maintenant vers notre région. Mon premier message est de rappeler ce à quoi nous contribuons.

Nos diplômés sont des personnes clés dans de nombreuses entreprises et institutions. Présents à travers le monde, ils nourrissent notre réseau économique. Tout aussi crucial, Ils sont fondateurs d’entreprises et ont ainsi beaucoup apporté à la reconversion et au développement de notre Région. De même, notre recherche aide les entreprises existantes à innover et à se développer. Et, n’oublions pas que l’Université et son institution sœur, le CHU, sont de très gros employeurs locaux.

Mon deuxième message concerne ce que nous attendons de la Région et des autres niveaux de pouvoir dont nous dépendons. Au risque de vous surprendre, je ne parlerai pas de moyens financiers. Il y aura pour cela d’autres occasions, mais aujourd’hui je veux aborder un autre thème : un de nos handicaps majeurs est d’être submergés de contraintes légales et réglementaires constamment changeantes.

La façon dont notre enseignement doit être organisé et géré est minutieusement décrite dans une série de décrets régulièrement revus. Les objectifs sont globalement défendables, mais le tout est tellement complexe que rares sont ceux qui s’y retrouvent. L’effort que cela demande à notre personnel est lourd, au point qu’une aide spécifique nous est accordée pour nous soutenir dans la gestion des règles qui nous sont imposées.

Une autre conséquence est que nos étudiants reçoivent des messages brouillés sur leur situation dans le parcours universitaire, au point que certains se retrouvent sans s’y attendre dans la délicate situation d’être « non-finançables », ce qui compromet sévèrement leur possibilité de poursuivre leur formation dans l’enseignement supérieur.

Nous recevons des financements dédicacés dont le but est de régler des problèmes particuliers, par exemple les difficultés de début de parcours ou la coopération entre universités et haute-école. Des intentions louables, mais un chemin vers un enfer de complexité. Et, je n’aborderai pas aujourd’hui le décret en préparation sur la formation initiale des enseignants.

Que la recherche contribue au développement régional est largement reconnu. La tentation est alors de vouloir accélérer et amplifier le processus en prescrivant de plus en plus précisément qu’un financement de recherche doit avoir pour effet un impact économique mesurable. La conséquence est soit que le caractère innovant des projets est réduit par prudence, soit que l’on tombe dans une présentation imprudemment optimiste. Dans les deux cas, on reste en deçà de notre vrai potentiel. La collaboration avec les entreprises est très positive, a toute sa place et est mutuellement bénéfique, mais n’en sur-prescrivons pas les modalités.

Le FNRS a fort heureusement comme slogan « La liberté de chercher » et en a montré toute la valeur depuis 90 ans. Préservons ce joyaux de la prolifération des règles et contraintes.

Au début de mon intervention, j’ai insisté sur l’importance de laisser nos enseignants et chercheurs libres de développer leurs activités dans de bonnes conditions. La même règle d’or s’applique aux interactions entre un pouvoir et ses universités : soutien et contraintes légères sont une recette quasi miraculeuse de succès.

Mon message au monde est de clamer notre présence : nous sommes là, actifs, avec des personnes de grande qualité. Mais, pour que le message passe et se renforce, il faut qu’il soit porté par chacun d’entre nous. Cela nous ramène à mes premières considérations plus internes. Si nos chercheurs sentent que notre université fonctionne bien, ils en vanteront les mérites avec convictions lorsqu’ils voyagent. Nous entrons alors dans une boucle positive où notre réputation se développe, ce qui améliore notre attractivité, ce qui augmente nos possibilités de recrutement… et l’effet se renforce. Sans en faire un objectif, c’est ainsi que nous monterons dans les fameux rankings.

Pour terminer, je voudrais dire un mot de nos étudiants et chercheurs internationaux. Nous en avons accueillis tout au long de notre histoire, plus à certaines époques qu’à d’autres. Cela a toujours été très positif tant pour l’institution, que ses étudiants et la région. Une université ouverte qui valorise toutes les diversités et offre à chacun la possibilité d’aller au bout de ses possibilités est pour moi un idéal. Je l’ai vécu comme étudiant ici et ailleurs et, si je suis devant vous ce soir, c’est pour que nous travaillions ensemble pour l’offrir aux générations qui nous suivent.

La raison aura raison des divisions

Interrogé récemment à chaud sur « Pourquoi voter pour vous ? », la première phrase de ma réponse fut : « J’apporte une attitude calme et raisonnée à la gestion de l’Université. ». Le thème de la raison mis en évidence dans ma réponse spontanée a été central dans mes écrits et prises de positions, bien avant, et tout au long de cette campagne électorale. Pour moi, il s’agit de toujours pouvoir motiver et expliquer les positions et décisions que l’on prend, qu’elles touchent un individu ou l’Institution dans son ensemble.

Motiver et expliquer n’apportent pas une garantie de consensus, mais si l’on y joint la concertation avec les personnes effectivement concernées et le respect strict de valeurs (intégrité, humanité et liberté sont celles que je porte), les divergences éventuelles sortent du domaine des craintes liées à l’incompréhension pour revenir sur le plan du débat des idées. Loin des conflits et des divisions, on est alors face à des différences de points de vue, toujours constructives, dont il ressort en définitive du positif pour l’ensemble de la communauté.

Ce thème était tout aussi central dans mes conclusions du dernier débat électoral où je développais mes vues sur le rôle du Recteur (la vidéo est accessible ci-dessous). C’est fort de cette approche, qui a déjà fait ses preuves au sein de l’équipe qui s’est réunie autour de moi dès le début de la campagne électorale, que je vous invite à nous rejoindre pour que nous travaillions ensemble pour l’Université de Liège.

Quand l’histoire repasse les plats

Une chose qui frappe quand on regarde les résultats de ce troisième tour de l’élection rectorale est que l’écart de voix entre les 5 candidats (« A Personne » disposait aussi d’une case sur le bulletin de vote) est très net, même étonnamment net vu le nombre de candidats.

Ce constat étant fait, observons que ce 3e tour, dont l’intention annoncée était de faire émerger de nouveaux candidats, n’a pas eu l’effet escompté. Par contre, il nous met dans une situation que beaucoup doivent envier : rejouer l’histoire ! En effet le 4e tour sera le 2e tour manqué de peu, et appelé de ses vœux, par E. Pirard qui n’avait été que très légèrement devancé par A. Corhay au 1er tour. C’est une possibilité inédite et intéressante qui pourrait en tenter plus d’un. Qu’en pensez-vous M. Fillon ?

Revenant à notre élection rectorale, il y aura au moins un avantage à cette possibilité de voir repasser le plat, la légitimité du vainqueur sera incontestable. Et, si dans mon titre j’ai contredit la citation de Céline, dans le fond j’y souscris pleinement ; le 10 octobre l’Université aura choisi pour quatre ans, sans retour en arrière possible.

A la veille du vote / A Day before Voting Starts

En cette veille de vote, je vous invite à découvrir quelques nouveautés sur mon site de campagne euliege.be : 


On this day preceeding the vote, I would like to attract your attention to a few new items on my campaign web site euliege.be : 

Enseignement universitaire : quels objectifs pour demain (par A.-S. Nyssen, J. Winand et R. Cloots)

Nous connaissons les difficultés de l’enseignement universitaire, auxquelles chacun(e) d’entre nous est confronté(e) dans ses fonctions. Certaines sont communes à toutes les universités, à l’échelle nationale voire internationale, et résultent d’une demande croissante dans une enveloppe de financement en stagnation. Leurs solutions devront être coordonnées entre universités et négociées avec les hautes écoles. C’est ce que nous voulons faire, en toute indépendance, au delà des logiques politiques ou financières, en nous opposant à tout abaissement des exigences de notre enseignement.

D’autres difficultés sont plus spécifiques à l’ULiège. Elles relèvent de choix de gestion propres à notre Université, empruntés pour l’essentiel au privé : évaluations incessantes, changement fréquent des règles, excès de bureaucratisation, séparation artificielle des missions d’enseignement, de recherche, de service que nous portons chacun à des degrés divers…. Nous proposons un changement de modèle de gestion, guidé par un objectif central : simplification des procédures, des structures, pour redonner de l’espace et du temps aux activités qui constituent le cœur même de notre métier. Dans la pratique, nous expérimenterons une gestion de proximité qui permettra aux personnels de participer à la conception des procédures et des projets qui les concernent !

Au delà de ces difficultés, l’enseignement universitaire est aussi confronté à des défis excitants pour bâtir l’avenir des nouvelles générations. La progression de l’intelligence artificielle va nous obliger à investir dans ce que l’humain a de plus précieux : l’intelligence des relations, l’intelligence des émotions, l’intelligence des situations. De nouveaux métiers vont apparaître. Ils demanderont des connaissances et des techniques disciplinaires nouvelles et spécialisées, et nous ne les connaissons pas encore ! Ils demanderont donc surtout des compétences en terme d’adaptabilité, de flexibilité mentale, de créativité, de méthodes d’analyse, de raisonnement critique, de coopération et de communication. Nous voulons par conséquent une Université de Liège moderne où l’enseignement ne se contente plus de transmettre des savoirs, mais crée des environnements d’apprentissage et de travail stimulants permettant d’acquérir – et de maintenir demain – les compétences techniques, humaines et sociales indispensables pour bien vivre dans une société en évolution permanente et rapide.

Un tel programme est bien différent d’une simple intensification de l’usage des TIC dans l’enseignement. Par exemple, il est à l’opposé d’une dématérialisation systématique des enseignements, qui conduirait l’université à se vider progressivement de ses activités de construction collective et d’appropriation partagée des savoirs et des compétences. Les interactions, la coopération interdisciplinaire, les échanges avec la société, les rencontres avec la créativité culturelle sont à la fois, en eux-mêmes, un objet d’apprentissage et un cadre d’apprentissage extrêmement puissant, qui prolonge et fertilise le travail personnel.

Sur le plan de l’enseignement, la nouvelle équipe rectorale ne se contentera donc pas d’un statu quo. Elle visera à renforcer ce qui fait une singularité de l’enseignement universitaire: un espace ouvert de transmission des savoirs, mais aussi un espace où l’on apprend à apprendre, un objectif plus que jamais d’actualité dans notre société en transformation continue ! C’est donc un objectif qui se déploie sur la longue durée, car l’apprentissage ne peut plus se concevoir comme une période limitée de la vie ; nous mettrons tout en œuvre pour que l’Université de Liège propose des formules attractives à tous ceux qui doivent mettre à jour leurs connaissances, à tous ceux qui devront adapter et réorienter leurs parcours de vie. Cela suppose que l’enseignement universitaire soit aussi un espace d’expérimentation, un territoire de construction des parcours intellectuels, capable tout à la fois de former des esprits critiques et de valoriser les cheminements atypiques.

Un système adapté aux chercheurs plutôt que des chercheurs adaptés au système… (par F. Bureau)

Les chercheurs de Belgique francophone éprouvent des difficultés sans précédent qui résultent de ce que j’appelle la « mal-gestion » de la recherche.

Ceux qui parviennent à être financés se noient dans une masse de travail bureaucratique le plus souvent inutile : rédaction de projets pharaoniques pour obtenir des montants ridicules, de rapports multiples que personne ne lit réellement, de justificatifs toujours plus nombreux pour la moindre action menée… Ces chercheurs n’ont plus de temps à consacrer à l’essentiel, à savoir réfléchir et créer, ce qui signe une faillite du système.

Ceux qui ne reçoivent plus d’argent pour mener leurs recherches sont dans une situation bien plus délicate encore. Ils ont été choisis et reconnus pour leurs compétences, et l’on veut nous persuader aujourd’hui qu’ils ne sont plus capables d’exercer leur métier. Quelle humiliation pour ces personnes qui, pourtant, restent pour la plupart motivées et tentent sans relâche de trouver le moyen de relancer leurs recherches. Sans parler de l’aberration financière que cela représente. Ils reçoivent en effet un salaire à la mesure de leur talent mais on leur refuse les quelques milliers d’euros supplémentaires qui leur permettraient d’exploiter leur créativité.

 Qu’ils soient financés ou non, que font les chercheurs confrontés à un système absurde? Ils s’adaptent. Encore et encore… Certains rédigent des rapports et des justificatifs les soirs et les week-ends jusqu’à être découragés. D’autres transforment leur projet pour qu’il corresponde aux attentes d’un appel. Certains engagent du personnel dont ils n’ont pas besoin car leur convention de recherche les y oblige, tandis que d’autres manquent cruellement de collaborateurs. D’autres encore cherchent désespérément des partenaires d’un pays X parce qu’un accord de partenariat dont on ne connaît pas les tenants et aboutissants a été signé avec ce pays. Les exemples sont légion…

Il est devenu urgent de revoir le système en profondeur pour le recentrer sur les besoins des chercheurs. Je suis déterminé à agir dans ce sens, conforté par les faits i) que je connais bien les rouages de la machine – autant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université – ce qui est un prérequis essentiel si l’on ambitionne des actions crédibles, ii) que j’ai la chance d’entretenir des relations privilégiées de longue date avec la plupart des personnes qui occuperont les postes de Vice-Recteur à la Recherche dans les autres universités francophones dans les années à venir, ce qui donne un véritable espoir d’actions communes, et iii) que j’aurai l’entier soutien de Pierre Wolper et des autres membres de l’équipe, qui sont tous d’excellents chercheurs, conscients des problèmes rencontrés, et avec lesquels un plan d’actions concrètes a été élaboré.

En interne, ces actions viseront à simplifier, voire même à supprimer, des tâches administratives (évaluations, rapports, justifications,…), à réduire à leur strict minimum la taille des demandes de fonds, à rendre de la liberté aux chercheurs (ex. utilisation bien plus libre des « fonds spéciaux » reçus : salaire, fonctionnement, matériel, ordinateurs, congrès…), et à recentrer les trois Conseils Sectoriels de la Recherche sur leur rôle d’organes de réflexion stratégique qui géreront une enveloppe budgétaire augmentée, et cela pour couvrir au mieux les besoins spécifiques de leur secteur.

Pour ce qui concerne les actions externes, nous ne ferons pas l’économie d’une action interuniversitaire forte visant à réformer le financement et l’administration de la recherche dans notre Région/Communauté. Cette action aura comme objectif d’augmenter le financement de la recherche, mais aussi d’améliorer l’utilisation des enveloppes budgétaires. Par exemple, en accord avec les chercheurs, au travers d’un large sondage, nous redéfinirons les modalités de distribution du budget du FNRS (notamment : « comment redistribuer, en tenant compte des besoins des différents secteurs, l’argent disponible entre les salaires, le fonctionnement et l’équipement ? », « faut-il envisager un financement récurrent des chercheurs permanents du FNRS ? », « faut-il financer des ingénieurs de laboratoire pour maintenir les connaissances techniques ? », « faut-il financer des équipes plutôt que des individus ? »). Par ailleurs, au delà de l’embryonnaire WELBIO, nous pourrions revendiquer le développement de véritables instituts wallons de recherches interuniversitaires qui couvriraient tous les domaines et pas seulement les Sciences de la Santé. C’est ainsi, en reconnaissant l’importance de la recherche fondamentale tout en étant proactive en matière de valorisation, que la Flandre s’est réappropriée ses meilleurs chercheurs, boostant de surcroît son économie.

Je suis persuadé que nous arriverons à convaincre qu’une réforme profonde du système est nécessaire si nous y mettons toutes nos forces et si, tous ENSEMBLE, nous parlons d’une seule voix.

Fabrice Bureau

Bien-être au travail, plaisir au travail : Comment c’est possible ( par A.-S. Nyssen)

Bien-être au travail… souffrance au travail… des mots que nous avons beaucoup entendus ces derniers mois lors des débats électoraux. Un constat se dégage : le sentiment de ne plus pouvoir bien faire son travail et la perte de confiance ont progressé au sein de notre Institution, les exigences de rendement augmentent et la solidarité s’affaiblit. 

Mais qu’est-ce qui nous procure du plaisir au travail? Quand je pose la question aux étudiants ou à mes collègues, les réponses sont multiples. Mais des conditions essentielles émergent : la reconnaissance et la valorisation, la communication et les échanges dans le respect, les relations de confiance avec les collègues, des environnements agréables et adaptés, une certaine stabilité, le temps de bien faire son travail, la possibilité de lui donner du sens, la contribution à un projet collectif.

La gestion que nous avons connue ces dernières années a mis l’accent sur l’évaluation: évaluation des compétences, de la recherche, de l’enseignement, de la qualité. Avec comme corollaire une augmentation massive des règles d’action et de contrôle, la montée du stress et de la compétition, et un sentiment de méfiance au sein des administrations et des facultés. Si l’évaluation est utile pour pouvoir se situer, elle ne doit pas être une fin en soi, et elle doit être accompagnée des moyens de formation et de soutien nécessaires pour progresser !

Il existe d’autres modèles que cette mise sous tension permanente en matière de gestion. L’approche par le plaisir par exemple se centre sur l’exploration et la mobilisation des activités qui, dans le cadre du travail, ont été réalisées avec plaisir, ce qui mène à l’augmentation de la motivation et de la confiance, et au succès. Elle nous incite à nous questionner sur ce qui fait sens dans notre travail, nous invite à revoir les règles de travail dans le cadre d’une approche participative, nous permet d’envisager autrement l’affectation des missions en cherchant à rapprocher les activités nécessaires au fonctionnement de l’organisation avec les appétences des individus, et cela dans la transparence. On peut ainsi explorer de nouvelles passerelles pour l’évolution des carrières et identifier de nouveaux besoins en formation continue dans une logique de soutien aux personnes. C’est de ce type d’approche que je souhaite m’inspirer pour développer au sein de l’Université de Liège, avec l’aide des services concernés, une autre manière de marcher, ensemble, vers la pluralité des excellences.

Le Bien-être au travail, c’est aussi le respect de l’intégrité et de la liberté, des valeurs portées très haut par Pierre Wolper dans son programme. En tant que psychologue et dans le cadre de mes fonctions à l’Université, j’ai souvent reçu des témoignages qui confirment ce que nous savons depuis plusieurs années : il existe au sein de notre Institution, comme ailleurs, des comportements déplacés, discriminatoires, voire violents. Ces comportements sont multiformes : un geste, une parole, une rumeur propagée; ils  peuvent être le fait d’une maladresse  communicationnelle ou parfois relever du harcèlement moral ou sexuel, ou encore d’attitudes discriminatoires. Quelque soit leur forme, ils peuvent être dévastateurs, produire de la souffrance, propager la peur, ou conduire aux conflits. Une de nos priorités est d’entamer sans délai un travail avec les acteurs de terrain pour mettre en place une politique de prévention et de lutte contre la violence et toute autre forme d’agressivité au travail. Nous mettrons en place une mission de médiation pour permettre à toute personne de l’Université d’évoquer un situation de tension avec son environnement institutionnel en ayant la certitude de la confidentialité.

 Anne Sophie Nyssen

 

Vision, valeurs et actions

Texte publié dans le numéro spécial du 15e jour consacré aux élections rectorales. A ne pas manquer: le dessin de Pierre Kroll en dernière page.

Trois mots que j’ai fréquemment utilisés durant cette campagne électorale sont : « vision », « valeurs » et « actions ». Vision, car il faut savoir où l’on va et pourquoi. Valeurs, car suivre un objectif sans références peut mener à des dérapages. Actions, car il ne suffit pas de connaître le cap, il faut encore organiser, coordonner et exécuter la multitude d’actions petites ou grandes qui mènent le navire dans la direction choisie et permettent de passer au travers des tempêtes et autres dangers.

Ma vision pour notre Université est que, plus que jamais, l’intégration de l’enseignement et de la recherche qui nous caractérise nous permettra de jouer pleinement notre rôle. Celui-ci est essentiel, tant dans les domaines scientifique, technique et économique que face aux modifications de l’organisation sociale et à celles concomitantes des parcours individuels de vie que l’on voit se précipiter vers nous comme un bolide.

Il est facile d’annoncer des valeurs, mais il n’y a que nos actions passées qui rendent l’annonce crédible. Les valeurs que j’ai toujours défendues, intégrité, humanité et liberté, seront le rempart qui garantira à chacun dans notre Institution un parcours sans la crainte de l’arbitraire ou d’expédients en apparence efficaces, mais porteurs de dégâts tant pour les individus que pour la collectivité.

Pour construire des actions, quatre principes me sont chers : concertation, confiance, continuité et compétence. Concertation, car la meilleure information, les meilleures idées viennent de ceux qui sont sur le terrain et connaissent le sujet. Confiance, car c’est par la conviction que chacun agira dans le sens voulu, pas par l’imposition de règles toujours plus nombreuses. Continuité, car pour changer, il ne suffit pas d’imposer une nouvelle situation ou organisation, il faut surtout soigneusement planifier le trajet qui y mène ; il sera d’autant plus rapide qu’il se fera sans transitions brutales. Compétence, car pour agir, mieux vaut connaître le terrain, non seulement vu de loin, mais aussi avec l’expérience de l’avoir fréquemment parcouru. Il en va ainsi de l’équipe que j’ai réunie qui, tout en étant orientée vers un renouveau, fédère des expériences variées.

Vu l’élection tardive, la prise de fonction de la nouvelle équipe rectorale se fera sans le temps d’une transition, mais je la veux sans soubresauts pour l’Université. Nous commencerons par assurer un suivi, rigoureusement guidé par nos valeurs, de ce qui est en cours, en particulier les procédures de promotion. Les premières mesures plus structurelles seront des simplifications : éliminer certaines procédures ou étapes de procédures, revoir les règles inutilement contraignantes, comme la séparation stricte entre entités d’enseignement et de recherche et la répartition du personnel qui en découle.

Ensuite s’ouvriront d’autres chantiers : une communication interne nettement plus explicite et fréquente, une gestion revue et plus transparente des carrières, une attention renouvelée à la vie étudiante, l’amélioration de la mobilité, l’évolution de notre enseignement et la formation tout au long de la vie, des actions pour un meilleur soutien de notre recherche, le combat pour notre financement, le bon usage de nos moyens et une planification revue de nos investissements immobiliers. Les problèmes de bien-être au travail et les conséquences lourdes qui en résultent trop souvent auront toute notre attention dès les premiers jours. Au-delà des mesures spécifiques et individuelles, nous travaillerons dans un nouvel esprit de confiance et de coopération qui aidera beaucoup et fera de la « communauté universitaire » une réalité pour tous. Ensemble pour l’Université de Liège !

Notre Université : liberté de chercher, passion de transmettre, éveil à la démocratie critique (par J. Winand)

L’enseignement universitaire a ceci de particulier qu’il s’irrigue profondément et continuellement dans la recherche. Dès le premier cycle, les étudiants sont mis en contact avec les résultats les plus récents de la recherche, avec ses méthodes, avec ses doutes aussi et ses balbutiements. Ils ont pour cela une place de premier choix, puisque leurs enseignants sont des acteurs directs de la recherche, reconnus internationalement.

D’autres établissements font également de l’enseignement au niveau supérieur et revendiquent des activités de recherche. La différence entre ces établissements et l’université n’est pas qu’une question d’échelle, de quantité ou d’intensité. Il y a aussi quelque chose de plus fondamental qui distingue une formation universitaire de toutes les autres. C’est que cette formation que nous dispensons va – devrais-je dire, devrait aller ? – plus loin que l’apprentissage de techniques, aussi sophistiquées soient-elles. Nos enseignements, au travers de la recherche, sont aussi des lieux de réflexion – nécessairement de nature transversale – sur le sens que nous pouvons donner au monde qui nous entoure. Perdre cette dimension, c’est renoncer à l’esprit universitaire pour se contenter de former des diplômés pré-formatés.

L’élection d’un nouveau recteur, d’une nouvelle équipe rectorale, devrait être un temps de pause pour réfléchir à ce qui nous rassemble au sein de l’Institution, à ce qui nous définit en tant qu’universitaire, à ce que nous pouvons apporter à la société dans laquelle nous sommes insérés. C’est aussi un magnifique exercice démocratique, où chacun pourra exercer son esprit critique.

Les programmes, les discours, les prises de parole sont des instruments parfois bien rodés. Alors, il faut prendre le temps de gratter sous la surface un peu trop bien polie des phrases, d’aller au-delà des formules-chocs, de se renseigner et de recouper les informations. Bien plus que le style et la rhétorique, l’essentiel est la maîtrise des dossiers à gérer, une pensée originale et une vision claire sur l’avenir de l’Institution et les moyens concrets d’y arriver. C’est cela aussi la formation universitaire : décrypter le monde, décoder les messages en passant au travers des apparences pour retrouver le sens.

Les questions qui touchent à l’identité universitaire, à son mode de fonctionnement, à son insertion dans la société me préoccupent depuis de nombreuses années. Je me suis souvent exprimé sur ces points dans des articles, des conférences et des interviews. L’année dernière, deux moments particulièrement forts m’ont permis de cristalliser un moment de cette réflexion : la première Conférence mondiale des humanités, organisée à Liège en partenariat avec l’UNESCO, et la publication d’un essai L’université à la croisée des chemins, paru à l’Académie royale de Belgique.

C’est pour toutes ces raisons que je me suis inscrit de manière résolue dans le projet porté par Pierre Wolper et les membres de son équipe, Ensemble pour l’Université de Liège.

Jean Winand

Une « Vie Étudiante » encore plus « participative », osons-la! (par R. Cloots)

Dans un projet pour l’Université que nous voulons « participatif », il importe d’établir des lieux d’échange et de concertation où chacun puisse s’exprimer, de nouer des liens privilégiés avec l’ensemble des acteurs, et en particulier avec les étudiants.

Il existe à l’Université de Liège depuis 2010 « Le Conseil de la Vie Étudiante ». Ce conseil, qui se réunit au moins 4 fois l’an, traite de toutes les questions qui concernent le quotidien des étudiants. Il doit élaborer une politique concertée qui fera l’objet d’un plan d’actions en faveur des étudiants, mises en œuvre après approbation par le conseil d’administration. Il est traditionnellement présidé par le Premier Vice-Recteur et est constitué paritairement de représentants de l’Institution et des étudiants. Cette initiative est à saluer! Nous voulons cependant faire plus, et différemment.

En confiant cette matière de la « Vie Étudiante » à un Vice-Recteur spécifique, nous voulons amplifier les relations collaboratives qui existent entre les étudiants et l’Institution. Nous voulons qu’un débat approfondi et une réelle dynamique collective s’installent, et que des matières comme l’orientation dans les études, le logement, le transport, la vie socio-culturelle, la participation citoyenne, la possibilité d’effectuer des études à l’étranger… soient discutées au regard d’une part des difficultés rencontrées aujourd’hui et, d’autre part, des aspirations étudiantes.

C’est un domaine où tous les avis doivent compter ! Cela nécessite des phases d’échange et de concertation où toute la communauté étudiante doit se sentir concernée. Nous voulons des projets qui font sens ! La Vie Étudiante ne doit pas être l’apanage de quelques élu(e)s. Elle doit être au centre du projet pour l’Université ; les programmes d’enseignement, la politique immobilière, le décret paysage touchent le quotidien des étudiants. Faut-il rappeler que la Vie Étudiante est l’un des moteurs d’attractivité de l’Institution ? C’est aussi l’un des facteurs d’intégration des étudiants venus d’horizons divers. C’est sans aucun doute un facteur de réussite du projet pour l’Université que tous, Ensemble, nous voulons mettre en œuvre.

Rudi CLOOTS

Election : seconde édition

La seconde phase de l’élection du Recteur de l’Université de Liège est maintenant lancée avec quatre candidatures déposées. Le vote aura lieu les 24 et 25 septembre.

Pour cette nouvelle étape de l’élection, j’ai déposé un programme présenté comme la seconde édition de celui du mois de mars : le texte a été revu et repoli, mais il n’y a revirement ni sur la vision et les propositions, ni sur les personnes.

Je veux donner un nouveau cap à l’Université et le tenir fermement pendant quatre ans, comme je le fais à travers ce long processus électoral. En d’autres mots, une gouvernance stable pour que notre Université évolue et change, mais sans perturbations inutiles.

Découvrez mon engagement pour l’Université,  la nouvelle édition de mon programme, et la présentation de mon équipe.

Quand tout est à recommencer

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En examinant les résultats de ce second tour de l’élection rectorale, on est forcément interpellé par le score du candidat « Personne » qui arrive en deuxième position et ne permet pas de conclure, alors que le résultat est par ailleurs très clair. Comment l’interpréter ? Voici quelques réflexions sur le sujet.

« Personne » est un candidat qui ne peut déplaire ni par ses antécédents, ni par sa personnalité, ni par ses prises de positions, ni par son activité sur les réseaux sociaux, ni par son programme.

« Personne » a été très clairement soutenu par Eric Pirard, candidat éliminé au premier tour. Il est difficile d’y voir d’autre objectif que celui, déjà déclaré, de revenir dans la course dans la nouvelle procédure qui va être lancée. C’est se servir du deuxième tour pour remettre en cause le premier, peu importe si c’est au détriment du fonctionnement de l’Institution.

« Personne » a fort probablement aussi bénéficié du ton donné au débat du deuxième tour dans l’exposé introductif explosif d’Albert Corhay : neuf minutes trente (sur dix) d’attaques personnelles après lesquelles un débat « normal » n’était plus possible ; les vidéos méritent d’être vues et revues. Tentative désespérée pour gagner une élection de toute évidence perdue, ou acte de sabordage visant la destruction de tout qui s’oppose à lui ?

Les attaques ? Je prendrai un seul exemple parmi les moins ad hominem. Pour Albert Corhay, je « perdrais le fil de mes idées » parce que, dans mon programme, à propos du très réel problème de mobilité vers le Sart-Tilman, je propose « La promotion de projets de transport alternatif, en particulier une liaison par téléférique entre le futur tram et le Sart-Tilman. ». Or, ce projet est sérieusement examiné par la ville de Liège, ce qui a été confirmé par le Bourgmestre lui-même. Aussi, l’exemple d’un projet similaire en cours de réalisation à Toulouse montre clairement que cela n’a rien d’utopique.

Il y a un autre élément crucial qui, à mes yeux, a également contribué au vote « à personne » : la confiscation des échanges libres nécessaires et l’analyse approfondie et comparative des programmes et de la capacité à les mettre en œuvre, dans une campagne dont les débats ont été trop cadrés.

Alors, quand tout est à recommencer, on se met à l’ouvrage sans tarder. Avec mon équipe, nous mettrons les mois qui nous séparent du nouveau scrutin à profit pour écouter, expliquer, dialoguer et développer davantage les actions et politiques que nous voulons mettre en œuvre. C’est ainsi que nous construirons ensemble, avec vous, pour l’Université de Liège.

L’Université a parlé

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Le verdict des urnes est tombé et il porte un message d’espoir qui résonne en moi : une large majorité de la communauté universitaire veut une Université forte dans sa région comme dans le monde et qui, libérée des lourdeurs, retrouve fraîcheur et vitalité.

Le programme que j’ai présenté porte des messages très clairs sur le positionnement de notre Université, l’allégement de son fonctionnement, le sens et le plaisir que chacun doit retrouver dans son travail, la confiance qu’il faut restaurer et l’adhésion à un projet enthousiasmant que nous devons partager. Je suis convaincu que le mettre en œuvre répondra aux attentes exprimées.

Pour cela j’ai réuni une équipe qui combine renouveau et expérience. Le renouveau apporte des questionnements, des idées, des rêves. J’aime cela, ayant toujours cherché à penser hors du cadre, à mettre en place des solutions nouvelles, à bousculer les idées reçues, à contester le prétendument immuable. L’expérience apporte la capacité à concrétiser rapidement les projets et à éviter les obstacles à leur mise en œuvre. J’aime aussi cela, étant naturellement pragmatique et ayant appris à me méfier des excès et à susciter l’adhésion pour paisiblement aller collectivement de l’avant.

Après ce premier tour, la fin de la période électorale est en vue et les conditions sont réunies pour repartir dans une université apaisée, corrigeant ses erreurs, avançant sans hésitations inutiles et agissant dans une transparence motivée rassurante. C’est cela que je veux, que nous construisions ensemble pour l’Université de Liège.

L’histoire d’une équipe – A Team’s Story

**** English translation below*****

Chers membres de l’Université de Liège,

Si je me présente à l’élection du Recteur avec une équipe réunie sous la bannière “Ensemble pour l’Université de Liège”, c’est le résultat d’une volonté commune de  changer notre Université. Chacune et chacun, dans notre métier et dans des fonctions à responsabilités, avons fait le constat que la direction prise n’était pas la bonne et que résister individuellement n’était pas suffisant. Alors, nous nous sommes unis.

Nous voulons une université forte, qui se présente avec confiance, qui décide sans constamment hésiter, qui soit juste envers ses membres, qui donne du sens au travail de tous et qui soit rayonnante et exemplaire. C’est ainsi qu’elle remplira pleinement sa mission au service de nos étudiants, de notre région et qu’elle aura sa place dans le monde.

Ces dernières semaines, très nombreux sont ceux qui m’ont dit  “J’espère pour l’Université que tu seras élu”. C’est le plus bel encouragement que l’on puisse entendre, car l’enjeu n’est pas l’avenir d’une personne, mais celui de toute la communauté universitaire.

Découvrez mon équipe, consultez notre  programme, lisez mes prises de positions sur euliege.be. Que votre choix soit guidé par l’avenir de notre Université !

Bien cordialement,

Pierre Wolper

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Dear Members of the University of Liège,

If I am standing for the election of the Rector with a team united under the banner “Together for the University of Liége”, it is the result of a common will to change our University. Each one of us, in our usual work and when holding various offices, came to the conclusion that the University is not moving in the right direction, and that individual resistance was not enough. So, we united our forces.

We want a strong university that shows confidence, that decides without constantly hesitating, that is fair towards all its members, that gives meaning to everyone’s work and that is an example and an inspiration. It is by doing so that it will be able to completely fulfil its mission, serving our students and  our region, and to hold its place in the world.

These last few weeks, many have been those who told me “I hope for the University that you will be elected”. These are the nicest words of support one can hear, for the issue is not the future of one person, but of the entire University community.

Discover my team, our program and read my position statements on euliege.be and let your choice be guided by the future of our University !

Best Regards,

Pierre Wolper

L’Université n’est pas un bilan comptable

Cloots&Haubruge

Eric Haubruge et Rudi Cloots ont choisi de ne pas continuer à travailler avec Albert Corhay, mais de se présenter à mes côtés pour l’élection rectorale de cette année. Ils s’expliquent.

Pierre Wolper  


Il y a quatre années, en tant que Vice-Recteurs, nous nous engagions aux côtés du Recteur Albert Corhay pour un mandat de 4 ans. Celui-ci arrive à son terme.

Nous avons toujours voulu une université qui remplisse au mieux ses missions essentielles, mais aussi s’ouvre largement à la société. Nous avons toujours souhaité une université qui convainc de son apport et qui résiste aux pressions qui la condamneraient à terme au déclin dans un rôle étriqué.

Être loyal pour nous, c’est s’engager, c’est continuer à nous battre pour ce modèle d’université, et non faire allégeance à un quelconque candidat recteur qui ne rencontrerait pas nos objectifs.
Tous les deux, nous sommes libres de nos choix, nous sommes prêts à les assumer, nous osons prendre des initiatives, des risques, car c’est l’essence même de notre démarche au profit de l’Institution.

Ces quatre années ont mis clairement en évidence les fractures qui pouvaient exister dans nos visions de l’Université de demain, dans son mode de gestion. Plus qu’un homme, c’est un modèle de gouvernance que nous dénonçons aujourd’hui au travers de notre candidature aux côtés de Pierre WOLPER.
Nous ne voulons plus d’une université où l’angle d’approche stratégique prioritaire est la gestion purement comptable, où la recherche d’une stabilité budgétaire est presque exclusivement basée sur la restriction des moyens, où le rapprochement à outrance avec les hautes écoles, et sans stratégie, rend fragile notre positionnement, et à l’international, et vis-à-vis des autres partenaires universitaires de la Communauté Française. Nous voulons affirmer nos différences, nos spécificités, dans un modèle où chacune et chacun collaborent, s’épanouissent.

L’idée de créer une Faculté d’Education comme espace d’attractivité des étudiants en recherche d’une formation d’enseignant, en réponse au décret, très critiqué (et à juste titre) de la formation initiale des maîtres, est de nature à amplifier les craintes des collègues qui voient dans ce scénario (conçu presque sans l’aval des doyens des facultés) une dilution de la formation disciplinaire qui perdrait de sa substance. Nous n’acceptons pas que la qualité de nos formations soit négociée. La fin ne justifie pas les moyens !

Enfin, le Plan Stratégique Institutionnel, présenté comme un véritable outil prospectif, a sans doute le mérite d’exister. Ce plan a mobilisé presque l’ensemble de la communauté universitaire dans la définition des objectifs prioritaires dans tous les domaines de l’Institution. Nous en avons pourtant fait un recueil indigeste d’un ensemble d’actions qui tendent à apporter des réponses à de trop nombreuses problématiques maladroitement identifiées.
Ce plan stratégique, nous l’avons élaboré, avec le collège rectoral en place (nous assumons notre part de responsabilité); mais nous le voulions plus ciblé, plus circonscrit, à la fois dans le temps et dans l’espace universitaire. Nous arrivons aujourd’hui, dans les domaines de nos compétences (enseignement et recherche), à proscrire certaines approches, à redéfinir les priorités au travers d’une validation institutionnelle par le comité de pilotage du plan stratégique.
Force est de constater que les avancées les plus spectaculaires concernent nos domaines d’expertise au sein du collège rectoral. Nos bilans respectifs démontrent très clairement la ligne qui a été la nôtre tout au long de notre mandat.

Il eut sans doute été plus facile de « reprendre » la route tous ensemble. Nous aurions aussi, l’un et l’autre pu prétendre à la fonction rectorale. Les raisons qui ont motivé notre choix aujourd’hui sont dictées par l’unique volonté d’agir positivement en faveur de l’Université de Liège, dans un contexte qui laisse beaucoup de place à l’espoir et qui mettra l’Institution en 2021 dans une position favorable de négociation de l’enveloppe de financement. Mettre nos compétences au service de l’Institution et non au service d’un seul homme, voilà notre combat !

Eric HAUBRUGE et Rudi CLOOTS

L’Université n’est pas un bilan comptable

Cloots&Haubruge

Eric Haubruge et Rudi Cloots ont choisi de ne pas continuer à travailler avec Albert Corhay, mais de se présenter à mes côtés pour l’élection rectorale de cette année. Ils s’expliquent.

Pierre Wolper  


Il y a quatre années, en tant que Vice-Recteurs, nous nous engagions aux côtés du Recteur Albert Corhay pour un mandat de 4 ans. Celui-ci arrive à son terme.

Nous avons toujours voulu une université qui remplisse au mieux ses missions essentielles, mais aussi s’ouvre largement à la société. Nous avons toujours souhaité une université qui convainc de son apport et qui résiste aux pressions qui la condamneraient à terme au déclin dans un rôle étriqué.

Être loyal pour nous, c’est s’engager, c’est continuer à nous battre pour ce modèle d’université, et non faire allégeance à un quelconque candidat recteur qui ne rencontrerait pas nos objectifs.
Tous les deux, nous sommes libres de nos choix, nous sommes prêts à les assumer, nous osons prendre des initiatives, des risques, car c’est l’essence même de notre démarche au profit de l’Institution.

Ces quatre années ont mis clairement en évidence les fractures qui pouvaient exister dans nos visions de l’Université de demain, dans son mode de gestion. Plus qu’un homme, c’est un modèle de gouvernance que nous dénonçons aujourd’hui au travers de notre candidature aux côtés de Pierre WOLPER.
Nous ne voulons plus d’une université où l’angle d’approche stratégique prioritaire est la gestion purement comptable, où la recherche d’une stabilité budgétaire est presque exclusivement basée sur la restriction des moyens, où le rapprochement à outrance avec les hautes écoles, et sans stratégie, rend fragile notre positionnement, et à l’international, et vis-à-vis des autres partenaires universitaires de la Communauté Française. Nous voulons affirmer nos différences, nos spécificités, dans un modèle où chacune et chacun collaborent, s’épanouissent.

L’idée de créer une Faculté d’Education comme espace d’attractivité des étudiants en recherche d’une formation d’enseignant, en réponse au décret, très critiqué (et à juste titre) de la formation initiale des maîtres, est de nature à amplifier les craintes des collègues qui voient dans ce scénario (conçu presque sans l’aval des doyens des facultés) une dilution de la formation disciplinaire qui perdrait de sa substance. Nous n’acceptons pas que la qualité de nos formations soit négociée. La fin ne justifie pas les moyens !

Enfin, le Plan Stratégique Institutionnel, présenté comme un véritable outil prospectif, a sans doute le mérite d’exister. Ce plan a mobilisé presque l’ensemble de la communauté universitaire dans la définition des objectifs prioritaires dans tous les domaines de l’Institution. Nous en avons pourtant fait un recueil indigeste d’un ensemble d’actions qui tendent à apporter des réponses à de trop nombreuses problématiques maladroitement identifiées.
Ce plan stratégique, nous l’avons élaboré, avec le collège rectoral en place (nous assumons notre part de responsabilité); mais nous le voulions plus ciblé, plus circonscrit, à la fois dans le temps et dans l’espace universitaire. Nous arrivons aujourd’hui, dans les domaines de nos compétences (enseignement et recherche), à proscrire certaines approches, à redéfinir les priorités au travers d’une validation institutionnelle par le comité de pilotage du plan stratégique.
Force est de constater que les avancées les plus spectaculaires concernent nos domaines d’expertise au sein du collège rectoral. Nos bilans respectifs démontrent très clairement la ligne qui a été la nôtre tout au long de notre mandat.

Il eut sans doute été plus facile de « reprendre » la route tous ensemble. Nous aurions aussi, l’un et l’autre pu prétendre à la fonction rectorale. Les raisons qui ont motivé notre choix aujourd’hui sont dictées par l’unique volonté d’agir positivement en faveur de l’Université de Liège, dans un contexte qui laisse beaucoup de place à l’espoir et qui mettra l’Institution en 2021 dans une position favorable de négociation de l’enveloppe de financement. Mettre nos compétences au service de l’Institution et non au service d’un seul homme, voilà notre combat !

Eric HAUBRUGE et Rudi CLOOTS

Journal de campagne : le premier débat

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La deuxième semaine de campagne a été marquée par le premier “débat”,  le jeudi 29/3 en soirée. Le déroulement en était très cadré : exposé de 20 minutes par chaque candidat et réponses aux questions groupées par thème, chacun intervenant à son tour. Le temps de parole total des candidats était soigneusement minuté, égalité oblige, mais les échanges directs fermement découragés.

Pour ma part, j’ai trouvé l’exercice plutôt plaisant, le seul inconfort étant quelques tiraillements de l’estomac, dus à un repas postposé après une soirée somme toute fort longue. Le plaisir d’un plat de pâtes partagé en équipe à l’issue du “spectacle” n’en fut que plus grand, dans l’ambiance qui doit être celle d’une troupe de théâtre après une “première” réussie.

Pour introduire ma présentation, j’avais choisi de m’interroger sur l’usage de la méthode scientifique dans un cadre électoral. C’était certes un peu académique, mais répondait très certainement à la demande d’un débat “plus élevé” et était simplement une réflexion sur le peu d’informations fiables et vérifiables dont on dispose en général au moment de voter. Les américains et les anglais en sont progressivement de plus en plus conscients. A l’échelle plus modeste de l’Université, les mots qui plaisent sont tout aussi faciles à trouver et l’essentiel reste de choisir les femmes et les hommes. Pour mieux me connaître, lisez mes écrits et, si le cœur vous en dit, visionnez ma présentation. Cela ne vaut pas un bon feuilleton, mais je m’y livre sans fard. Venez aussi à ma rencontre lors des prochains épisodes (débats).

Journal de campagne : de l’éthique des robots à la démocratie en question

Après les remous suscités par la publication dans La Meuse du mercredi 21 mars d’un article relatant les événements du début de campagne sur l’éligibilité d’Eric Haubruge, je pensais terminer vendredi sur une activité purement universitaire avant de poursuivre samedi avec la belle cérémonie honorant nos docteurs avec thèse et onze nouveaux honoris causa.

En effet, vendredi matin, je suis intervenu à Bruxelles dans un séminaire de formation dont le thème du jour était « Ethics and AI ». Un public attentif, d’autres intervenants captivants, des échanges stimulants, bref du vrai plaisir. De retour à Liège, je tombe dans un débat, moins feutré, sur la démocratie. Des chercheurs s’en inquiètent dans une carte blanche, alors que le Recteur la trouve bien vivante.

La démocratie me tient terriblement à cœur et cela m’a rappelé qu’en février 2017, je me suis exprimé ouvertement, alors qu’il était difficile de le faire, sur une tentative de dérive grave. Mon texte d’alors était écrit sous la forme d’une fable. Je n’ai rien écrit depuis dans ce style, mais si vous avez l’envie de vous y replonger, je vous recommande un texte du Maître du genre : Les animaux malades de la peste.

Chronique d’un programme retardé

Le dépôt des candidatures pour l’élection rectorale de l’Université de Liège s’est clôturé le lundi 12 mars et la commission électorale s’est réunie ce mercredi 14 pour procéder à l’examen des candidatures. Processus qui habituellement se résume à vérifier que les candidats ont bien remis les documents demandés et satisfont effectivement aux conditions d’éligibilité.

Mais, cette fois il y avait une surprise ! Un des candidats, Albert Corhay, avait introduit une réclamation à propos du contenu supposé du programme d’un mystérieux candidat P. Volper. Assez naturellement la commission a conclu qu’il s’agissait de moi, le nom cité étant fort proche du mien. Nul n’est à l’abri d’une erreur mais, par trois fois répétée, celle-ci sortait de la plume du Recteur de mon Université que je côtoie depuis plus de 20 ans et qui a vu mon nom dans des documents des centaines de fois. Je suis un peu vexé, je l’admets. La réclamation ne me concernait pas personnellement, mais bien le fait que j’avais fait état de mon intention de proposer Eric Haubruge comme Vice-Recteur et que cette information ne pouvait pas figurer dans mon programme. Le motif présenté était qu’Eric Haubruge, ayant déjà été deux fois Vice-Recteur, n’est plus éligible pour un troisième mandat.

De fait, mon programme citait Eric comme Vice-Recteur dans ma future équipe. Il a été de 2009 à 2014 Vice-Recteur du site de Gembloux et de 2014 à 2018, Premier Vice-Recteur de l’Université de Liège, désigné par son Conseil d’Administration. La loi dit bien que le mandat du recteur, du ou des vice-recteurs n’est renouvelable qu’une fois. Il faut toutefois se rappeler que le contexte légal a été modifié par de multiples décrets dont : un de 2008, introduisant la possibilité de vice-recteurs « supplémentaires », un autre la même année pour la fusion avec Gembloux et introduisant le Vice-Recteur de site pour Gembloux, élu par le corps académique de Gembloux, et un troisième en 2013, ouvrant le scrutin à l’ensemble du personnel et des étudiants et supprimant le poste de Vice-Recteur désigné par la Faculté de Gembloux.

Le premier mandat de Vice-Recteur d’Eric Haubruge est donc un mandat qui n’existe plus dans l’Université de Liège et, des esprits à la logique visiblement incertaine (dont le mien) n’ont pas vu dans son bien différent mandat actuel de Premier Vice-Recteur, le renouvellement du précédent. Il est d’ailleurs piquant de se souvenir qu’Albert Corhay a déploré qu’Eric Haubruge ne voulait plus se représenter avec lui comme Vice-Recteur pour cette élection.

La question a été tranchée par la commission électorale ce vendredi 16. Préalablement, j’avais transmis une nouvelle version de mon programme où il n’est plus mentionné qu’Eric Haubruge sera proposé comme Vice-Recteur, cette information n’étant ni nécessaire, ni obligatoire. J’ai pu présenter mon point de vue qui ne demandait rien d’autre que la publication immédiate de mon programme, cela en présence du Prof. Ann Lawrence Durviaux, spécialiste en droit administratif, représentante du Professeur Corhay et proposée comme Première Vice-Rectrice dans son programme électoral.   La commission a tranché et sa décision communiquée à la communauté universitaire : mon programme modifié est publié et la commission « prend acte » de l’inéligibilité d’Eric Haubruge à la fonction de Vice-Recteur.

Ce qui me frappe dans cette histoire ne sont pas les aspects légaux, mais les aspects humains. Mon intention de présenter Eric Haubruge comme Vice-Recteur était bien connue depuis au moins un mois, mais personne dans l’Université n’a attiré son attention, ni la mienne, sur ce problème qui est maintenant présenté comme évident. Qu’il soit soulevé par une réclamation introduite au moment du dépôt des candidatures, et avant la publication des programmes, relève de la guerre tactique électorale où l’on tente de saper les concurrents.

Ce n’est pas ma vue d’une élection rectorale où le débat des idées doit dominer. C’est encore moins ma vue des rapports humains au sein de l’Université. Eric est meurtri, se sent brutalement écarté alors qu’il s’est énormément investi pour l’Université. Je partage sa peine et admire le courage avec lequel il poursuit son travail, dès le premier choc passé. Pour lui et pour tous, je me battrai pour que dans l’Université règnent l’éthique, l’humanité et la liberté, ce sont mes valeurs, celles de mon programme et j’en serai le garant, pas en mots mais en actes.

Un programme, un site

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Mon programme officiel pour l’élection rectorale a été déposé. Vous le trouverez ici, ainsi que sur mon site de campagne électorale, euliege.be. Le nom de ce site (Ensemble pour l’ULIEGE) est emblématique de l’esprit dans lequel je me lance dans cette élection. Plus qu’un candidat, qu’une équipe, l’objectif est de mobiliser toute la communauté universitaire autour d’un programme par lequel, ensemble, nous ferons rayonner l’Université de Liège.

Des réponses et des questions

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Sur un site un peu inattendu « mandatdurecteurliege » est apparu récemment un texte qui se présente comme une suite à la carte blanche parue dans La Libre Belgique début décembre 2017. Le texte a clairement pour objectif de susciter le débat et pose des questions aux candidats Recteur. Il s’agit d’une initiative constructive, tout comme le « Livre vert » préparé par le Conseil du Corps Scientifique qui, très naturellement, est lui plus orienté vers des questions relatives à la carrière. Le texte diffusé est assez long et comporte au moins autant de prises de positions que de questions, celles-ci étant déjà nombreuses.

Un débat serait le cadre idéal pour que les idées de chacun ressortent avec finesse et soient bien comprises. En attendant qu’il s’organise, plutôt que de rester muet, je présente mes premières réactions sur les quatre thèmes abordés dans le document. Une analyse plus circonstanciée sera bien sûr aussi développée dans le programme.

Le Recteur et le pouvoir politique

Le Recteur d’une institution très majoritairement financée par les pouvoirs publics a forcément des contacts fréquents avec le monde politique. Il s’agit d’une relation délicate car le rôle du Recteur est à la fois d’obtenir des moyens pour son université et d’intervenir, souvent de façon critique, dans les débats sur les législations et choix proposés en matière d’enseignement supérieur. Heureusement, les objectifs des gouvernements ne sont pas toujours à l’opposé de ceux défendus par l’université, mais il reste essentiel de pouvoir défendre fermement et efficacement la position universitaire, même si cela ne plaît pas forcément au pouvoir en place. Cela exige d’être aussi convaincu que convaincant, toujours sur la base d’un raisonnement solidement étayé et, surtout, de ne pas porter d’entraves à sa liberté.

Le Recteur et la définition de l’université

Le concept d’une université où recherche et enseignement vont de pair et se renforcent mutuellement est déjà ancien. Régulièrement critiqué, il reste néanmoins la référence jamais détrônée. Le modèle étant établi, reste à optimiser sa mise en œuvre. Là aussi les ingrédients essentiels ne sont pas bien mystérieux : la bonne gestion des recrutements et promotions, un cadre de travail combinant support et liberté, des objectifs clairs et partagés, un minimum de tracasseries perturbantes et des moyens suffisants. Ce dernier point est souvent le plus difficile à garantir vu les contraintes du système de financement en FWB, mais les autres ingrédients n’exigent rien de plus que la volonté de les mettre en œuvre. L’absurde est que, quand les moyens manquent, on a tendance à restreindre la liberté et augmenter les tracasseries, ce qui déclenche une spirale infernale. C’est un peu comme ce qu’on peut observer dans l’économie où des politiques trop restrictives transforment parfois une perturbation en dépression profonde. Au contraire, en période de crise, la confiance, la solidarité, un agenda clair et transparent sur des priorités partagées permettent de mobiliser les énergies et de ressortir plus fort.

Le Recteur et la gestion de l’institution

Gérer une institution de 5.000 personnes accueillant 23.000 étudiants n’est forcément pas toujours simple et les problèmes ne manquent jamais. Dans cette tâche, l’écoute et la concertation sont des aides précieuses, pour tout dire indispensables. Il faut laisser s’exprimer les idées et ouvrir le débat. Par contre, trop de structures ou d’organes, la multiplication des procédures sont une surcharge délétère ; ils font aussi que très souvent on ne décide pas, ou que l’on s’en tient aux choix les plus conservateurs. Les règles ou formules simplistes appliquées uniformément dans l’institution évitent les discussions de fond, mais sont un vrai danger. En procédant de la sorte, on ne gère plus et, le plus souvent, on se contente de propager les situations et les erreurs du passé. Une université ne se gère pas non plus comme une entreprise, son rôle et son mode de fonctionnement sont trop différents. La rentabilité de la production de savoir et de la formation ne se mesure pas. Ce sont des processus qui se construisent dans le questionnement et l’expérimentation et où l’essentiel est de mobiliser son personnel pour avancer avec audace.

Le Recteur et la communication

Le Recteur donne une image de l’institution, en interne, mais aussi en externe où il est un interlocuteur privilégié portant la réputation et la crédibilité de son université. C’est donc un rôle essentiel que l’on ne peut négliger. Plus généralement, il en va ainsi de la communication institutionnelle. S’il y a une vision claire et largement partagée du rôle de l’institution et de l’image qu’elle veut projeter, les choix se font naturellement. C’est aussi par la communication tant interne qu’externe que se (re)construit une communauté universitaire.

Candidature: Articles de presse

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Deux articles de presse récents dans  Le Soir et  La Meuse parlent de ma candidature au Rectorat de l’Université de Liège. Les titres sont accrocheurs avec des termes comme « OPA » et « Alliance pour contrer » et, dans le texte, on voit apparaître des mots aussi forts que « trahison », c’est bien sûr la règle du genre.

Au-delà des mots, ces articles portent des messages importants. Tout d’abord, l’Université de Liège est une institution qui ne laisse pas indifférent et l’élection d’un Recteur n’est pas vue comme un événement anodin. Cela se comprend, l’Université joue un rôle crucial et n’est plus un paquebot naviguant en eaux paisibles. Elle est à la croisée de chemins et fait face à de nombreux défis. Dans ce contexte, le capitaine et son équipage ont clairement un rôle crucial.

Ensuite, la diversité des parcours de l’équipe qui me soutient interpelle, en particulier en ce qui concerne les deux Vice-Recteurs du Recteur actuel. S’ils me rejoignent c’est que toute l’équipe partage une vision. La vision d’une université unie, forte et rayonnante qui remplit pleinement son rôle et veille au bien-être de ses étudiants, comme de son personnel. Cette vision rassemble et que je puisse la porter avec un tel soutien est pour moi un grand honneur. Si c’est cela une « OPA », les banquiers d’affaires seraient tous au chômage.

Remarquons enfin que « trahison » est un mot fort annonçant un danger. Un danger certainement quand c’est à des idéaux et des valeurs que la fidélité fait défaut. Un grave danger pour la démocratie lorsque c’est prendre position et s’exprimer librement qui est qualifié de « trahison ». L’histoire est là pour nous le rappeler.

Une équipe, une histoire : continuité, rupture et rassemblement

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L’équipe a déjà une longue histoire :

  • celle de liens consolidés durant des années, en se côtoyant dans l’université, dans ses conseils ou commissions, dans des fonctions à responsabilités et dans de l’interdisciplinarité qui n’était pas qu’un slogan ;
  • celle de points de vue parfois discordants et de débats animés, mais toujours respectueux, d’échanges, de collaborations, où tous se sont retrouvés dans la découverte des qualités de l’autre ;
  • celle d’engagements pour l’Université de Liège, d’une vaste expérience accumulée et de défis que nous voulons continuer à relever. Continuité.

L’histoire est aussi celle d’examens de conscience, de doutes, de remises en cause de choix posés, d’interrogations sur ses forces et faiblesses et du courage de renoncer par conviction au confort du silence complaisant. Rupture.

C’est enfin le regroupement derrière des objectifs partagés, où chacun trouve le rôle qui lui convient, mais où l’essentiel est de travailler unis pour l’Université de Liège. Rassemblement.

Ce rassemblement est ouvert ! Certains ont un rôle précis comme décrit ci-dessous, mais rejoignez-nous et portons le projet d’une université rayonnante, bâtie sur la force de l’enthousiasme de ses membres et veillant à leur bien-être !

 Ensemble pour l’Université de Liège !

 Autour de Pierre Wolper, Recteur, cinq Vice-Rectrice/Recteurs auront en charge

  • l’enseignement et le bien-être : Anne-Sophie Nyssen,
  • la recherche : Fabrice Bureau,
  • l’organisation interne, l’image et le positionnement institutionnels : Jean Winand,
  • l’innovation, le développement régional et les relations internationales : Eric Haubruge,
  • les infrastructures, la politique immobilière et les finances : Rudi Cloots.

Des Conseillers épauleront l’équipe rectorale pour des domaines importants :

  • Vincent D’Orio pour la santé et les affaires médicales et hospitalières,
  • Philippe Hubert pour la qualité et l’évaluation.

Candidature

Dans un environnement en évolution rapide impliquant de nombreux défis, l’Université de Liège doit, plus que jamais, aller de l’avant dans un esprit constructif et de coopération. Ainsi, fort du soutien des personnes reprises ci-dessous, qui ont accepté avec enthousiasme de travailler avec moi et de mettre leur expérience au service de l’Université, je serai candidat à l’élection rectorale 2018.

 Pierre Wolper

Anne-Sophie Nyssen       Philippe Hubert        Eric Haubruge
Vincent D’orio     Jean Winand      Rudi Cloots      Fabrice BureauIMG_1674 recadree

Retour à l’essentiel

En anglais, l’expression « Back to Basics » est à la fois parfaitement claire et portée par une agréable allitération. La formule est difficile à reproduire en français bien que l’on pourrait tenter « Priorité au Primordial ». Vu le sujet, j’ai toutefois choisi un titre simple, naturel et clair plutôt que de favoriser la tournure de style.


Le nombre de nouveaux étudiants inscrits est suivi quotidiennement avec minutie, les rankings sont surveillés et analysés dès leur parution, les futures règles de financement font l’objet de spéculations angoissées et d’une analyse financière poussée, la comparaison avec les autres universités est constante, … en bref, tous les paramètres de l’Université sont étroitement surveillés avec la diligence d’un hypocondriaque anxieux.

Dans cet état d’esprit, toute variation suspecte d’un paramètre exige une réaction : on s’inquiète, on consulte, on cherche l’organe (la faculté) responsable, on propose des mesures de prudence, on crée un groupe de travail, on renforce la surveillance des indicateurs, on investit dans la promotion et la communication et, surtout, le niveau général d’inquiétude monte. Mais, l’Université est-elle malade ou maladivement hypocondriaque ?

Gérer rationnellement une institution est impossible sans connaître sa situation que ce soit sur le plan financier ou du recrutement étudiant. On ne peut ignorer que nous vivons une période de changements avec ses menaces, ses opportunités et toutes les questions et choix qui en découlent. Nous dépendons largement d’un pouvoir politique interventionniste et dont l’orientation et les options pourraient rapidement changer. Il y a de quoi arriver à un état de préoccupation obsédante et réagir frénétiquement à tout signal perturbant par des mesures superficiellement rassurantes, que ce soit de nouvelles évaluations, de nouvelles structures internes, des restrictions, ou encore de nouvelles règles et procédures.

Mais, la combinaison toxique d’actions (forcément stratégiques), de la concurrence interne face aux restrictions et de préoccupations existentielles fait oublier la clé du succès et de la pérennité de l’Université : un enseignement de qualité, une recherche performante et une implication constructive dans la communauté qui nous entoure, en bref bien réaliser nos missions essentielles. Une université qui remplit bien, très bien, son rôle apporte tellement que l’irrationalité politique qui mènerait à la priver dangereusement de moyens n’est pas imaginable.

 « Bien réaliser ses missions » est facile à dire, mais comment y arriver ? Bien plus qu’un plan détaillé, travailler et décider en ayant toujours cet objectif à l’esprit nous mènera loin. Cela veut aussi dire permettre à chacun de travailler dans la coopération plutôt que la concurrence, dans la confiance plutôt que le contrôle, dans le plaisir du travail bien fait plutôt que la comptabilité des résultats. Idéaliste, peut-être, mais irréaliste certainement pas. Les membres de l’Université ont de grandes compétences, ne les étouffons pas, mais libérons leur potentiel pour nos missions essentielles qui sont aussi leur motivation. C’est ainsi que les problèmes se résoudront et que nous progresserons, y compris dans les rankings.

Malaise

Un texte publié sur le site de La Libre Belgique ce lundi 4 décembre [1], et signé par 124 de ses membres, présente l’Université de Liège comme la juxtaposition de deux universités qui ne se comprennent pas et vivent dans un malaise profond. Il y a différentes façons d’interpréter ce schisme universitaire. On peut le voir comme l’opposition entre la volonté de progrès et la nostalgie du passé, comme l’incompréhension entre disciplines et filières « utilitaires » et celles réputées être « purement académiques », comme le rejet des techniques managériales par des universitaires englués dans leurs traditions, ou encore comme le reflet d’un malaise bien plus large qui a envahi non seulement l’enseignement supérieur, mais toute la société.

Plutôt que de faire l’analyse de ce texte élégant mais dérangeant, je voudrais simplement partir du constat difficilement contestable que le malaise est bien réel et faire un premier examen tout personnel de ses causes.

Certaines sont externes à l’Université de Liège et touchent de façon similaire tout l’enseignement universitaire francophone de Belgique. Il y a tout d’abord la situation schizophrénique induite par la contradiction totale entre la pression à la collaboration, maintenant personnalisée par l’ARES, et les règles de financement qui poussent à une concurrence féroce. Il y a aussi une certaine frénésie législative qui de réforme en réforme nous plonge dans un « paysage à la sauce bolognaise » qui n’a ni le charme de nos campagnes, ni la saveur de la cuisine transalpine. Tout cela peut se résumer en la constatation trop souvent vérifiée que moins un pouvoir politique a de moyens à consacrer à ses universités, plus il les inonde de règles.

Regardant maintenant à l’intérieur, il faut bien constater que les défauts du contexte externe y sont trop souvent reproduits avec notamment la menace, heureusement peu concrétisée, de répartir les ressources entre facultés suivant les modalités de la distribution entre universités. Cette menace suffit largement à créer un vrai malaise et la coopération interne s’en trouve immanquablement freinée, au détriment de tous.

Sur un autre plan, la prise de décision interne s’est aussi largement complexifiée, ce qui ne la rend ni plus juste, ni plus transparente, mais se paie en lourdeurs et délais générateurs de stress. Prenons à titre exemple la confirmation à titre définitif d’un membre du corps académique qui implique deux procédures séparées impliquant au moins 7 organes internes.

Aussi, le message sur le positionnement et les priorités de l’Université est particulièrement brouillé. La lecture du plan stratégique laisse sans réponse la question de savoir ce qui n’est pas stratégique avec pour conséquence la crainte largement répandue d’être, sans le savoir, dans cette catégorie menacée. La communication dans laquelle on a beaucoup investi en cette année du bicentenaire a son utilité, mais contribue au malaise quand l’investissement est concomitant à la suppression de postes d’assistants qui sont au cœur des missions de l’Université.

Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin pour comprendre le malaise, et je conclus avec les auteurs de la lettre qu’il est temps de construire pour l’Université de Liège un projet qui inspire et rassemble.

 

Vote électronique?

Lors de sa séance de novembre 2017, Le Conseil d’Administration de l’Université de Liège a décidé de revoir la procédure de vote pour les prochaines élections rectorales, s’orientant vers un vote en bureau de vote avec isoloirs, selon des modalités encore à préciser. C’est un grand pas dans la bonne direction, reste à choisir des modalités qui satisfassent toutes les exigences d’un système de vote démocratique, … et que tous les électeurs en soient convaincus.

Voici le texte que j’avais rédigé à ce sujet.


Quand le vote électronique est inacceptable

En 2014, le mode d’élection du Recteur de l’Université de Liège a été profondément modifié. Précédemment, le Recteur était élu par le corps académique qui se réunissait en un seul lieu pour procéder à des tours de votes successifs jusqu’à ce qu’un professeur éligible obtienne les 2/3 des suffrages. Le vote se faisait sur papier et le temps de dépouillement de chaque tour était l’occasion de discussions allant de l’anodin au conciliabule électoral stratégique.

Pour l’élection de 2014, le corps électoral a été étendu à tous les membres de l’Université, étudiants compris, avec un poids électoral distinct pour chaque catégorie de personnel (académique, scientifique, technique et administratif) et pour les étudiants. On peut certainement débattre longuement sur les avantages et inconvénients des systèmes ancien et nouveau, mais le but ici est d’examiner un autre changement concomitant : le passage au vote électronique.

La motivation du passage au vote électronique était essentiellement pragmatique, l’extension du corps électoral rendant de toute évidence une élection traditionnelle avec bulletins papiers et bureaux de vote nettement plus lourde à organiser. Plus lourde, mais certainement pas impossible, l’Université de Mons opérant suivant des règles électorales identiques avait choisi de voter selon la méthode traditionnelle.

Le caractère pratique du vote électronique est indéniable, son défaut est qu’il n’offre pas les mêmes garanties qu’un vote papier traditionnel. Pour qu’une élection puisse être considérée comme démocratique, elle doit satisfaire un certain nombre de caractéristiques :

  • seuls les électeurs légitimes peuvent voter, et ils ne peuvent voter qu’une fois ;
  • le vote est anonyme, c’est à dire qu’il est impossible de savoir comment un électeur individuel a voté ;
  • le vote se fait sans contraintes, l’électeur ne peut être surveillé au moment de son vote, ni avoir par la suite la possibilité de prouver comment il a voté à quelqu’un qui pourrait lui nuire, le favoriser ou l’acheter ;
  • le décompte des votes est contrôlé et peut être vérifié indépendamment.

Une caractéristique tout aussi importante que les précédentes est le fait que l’électeur soit convaincu que la procédure de vote y satisfait. A défaut, il y a le risque que certains n’expriment pas un vote conforme à leur conviction et/ou qu’il y ait contestation du résultat.

Force est de constater que le système mis en place en 2014 ne satisfait qu’imparfaitement ces caractéristiques. Sans même envisager un piratage délibéré du système, il faut bien admettre que chacun n’est pas toujours rigoureux dans la gestion des identifiant et mot de passe servant à établir son identité. De plus, la seule garantie disponible sur les autres caractéristiques du système est la confiance que l’on peut avoir vis-à-vis de ceux qui l’ont mis en place et en l’absence d’interventions malicieuses pour corriger le décompte ou rompre l’anonymat. Personnellement, je suis convaincu que tout s’est passé correctement en 2014, mais il faut bien admettre qu’il s’agit ici d’une conviction qu’il est impossible de faire partager à d’autres par des arguments rationnels. Il s’agit là d’une faille majeure, car peut-on voter en toute indépendance si on doute du respect de l’anonymat dans l’élection d’une personne qui pourra avoir une influence certaine sur l’évolution de sa carrière, par exemple dans le cadre d’une procédure de promotion ?

Les chercheurs en informatique et en cryptographie se sont beaucoup intéressés au problème et diverses solutions ont été proposées. Elles sont complexes, difficiles à mettre en œuvre, souvent dépendantes d’une autorité de certification fiable et surtout, impossible à expliquer à l’électeur non spécialiste à qui on demandera de se fier à un processus qu’il ne comprend pas, ainsi qu’à la mise en œuvre qui en est faite. Ce ne serait donc guère une solution. On peut imaginer des solutions mixtes par exemple une procédure présentielle qui permet d’obtenir un identifiant de vote anonyme avant le vote électronique. Mais alors, le coût est quasi le même que pour une élection traditionnelle et l’absence de contraintes lors du vote n’est pas solidement garantie. La seule solution robuste est d’en revenir au vote papier traditionnel.

 

La démocratie des idées : manifeste pour un renouveau de l’Université de Liège

Expression que j’ai récemment découverte lors d’une conférence sur la transformation des organisations, « la démocratie des idées » évoque avec une élégante simplicité une vision à laquelle je souscris : les idées s’expriment, se font concurrence et celles qui convainquent le plus sont choisies, menant au progrès.

Vu de l’extérieur, la confrontation des idées, parfois à l’excès, paraît être la norme dans le monde universitaire. Ce l’est largement dans la recherche, bien qu’il faut reconnaître que, de tous temps, les idées en rupture avec la pensée dominante ont toujours exigé temps et persévérance pour s’imposer. En est-il de même dans la gestion de notre université ? A première vue, certainement : il y a même pléthore d’assemblées délibératives à la composition savamment dosée pour que chaque composante de la communauté universitaire y soit adéquatement représentée. La réalité est pourtant que débat, il n’y a presque pas.

Mon analyse est que cela est dû à une déférence craintive à l’autorité amplifiée par un contexte de pénurie chronique des moyens. Trop souvent, avant de s’exprimer dans une de nos assemblées, on pense aux moyens financiers ou humains que l’on essaie de ne pas perdre, à la promotion que l’on désire, aux examens que l’on doit réussir, ou encore à la fonction que l’on brigue. Dans cet état d’esprit, la peur de déplaire à l’autorité prend le pas sur l’expression ouverte de divergences d’opinions, même solidement motivées et constructives.

Le silence n’est pas total et j’espère faire partie de ceux qui s’expriment et prennent position dans le but de faire progresser notre université. Je n’y vois aucun mérite, mais c’est peut-être inconséquent. Un membre du conseil d’administration de l’Université me disait après que je fus intervenu lors de la présentation d’options stratégiques : « je suis d’accord avec toi, mais je ne peux pas le dire ». Sa préoccupation n’était pas personnelle, mais clairement la crainte de nuire à l’entité à laquelle il est associé. Ce sont des mots que je n’arrive pas à oublier.

Nos structures de gouvernance sont affaiblies par le manque de débats ouverts, et cela nuit gravement à l’Université. On pourrait tout revoir, mais les grands chantiers ont une fâcheuse tendance à s’éterniser et le problème est immédiat. Alors pour cette 201e année de l’Université de Liège, j’ai choisi de m’exprimer librement et régulièrement sur ce blog à propos de questions centrales de politique universitaire. J’espère être lu, mais surtout contribuer à relancer le débat. L’Université de Liège est face à de nombreux défis et, en cette année charnière, ne pourra les relever sans remises en cause et émergence d’une vision construite dans l’échange. Vive la démocratie des idées !

 

The only thing we have to fear is…fear itself. F.D. Roosevelt

 

Maîtriser la puissance : discours prononcé lors de la cérémonie de mise à l’honneur des diplômés de la Faculté des Sciences Appliquées

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Pour un ingénieur, la puissance est une notion physique, en principe bien comprise, qui correspond à l’énergie produite ou consommée par unité de temps. Elle se mesure en watts et ses multiples : le milliwatt ou même le microwatt pour l’électronicien ; le kilowatt pour le mécanicien ; le mégawatt ou encore le gigawatt pour l’énergéticien.

L’histoire de nos disciplines pourrait être caricaturée en une course à la puissance : des premières machines à vapeur de James Watt lui-même, nous sommes arrivés aux énormes centrales nucléaires ou hydroélectriques et à la fusée Saturn V qui a permis à des hommes d’atteindre la lune.

Plus de puissance est souvent désirable et désiré, c’est ce qui, au sens physique littéral, permet de faire plus de travail en moins de temps. Ainsi, beaucoup sont fascinés par les voitures de sport qui permettent d’atteindre (et de dépasser) la vitesse limite en étant collé à son siège pendant une poignée de secondes exaltantes.

Mais, la puissance doit être maîtrisée. Si l’accélération est exaltante, la décélération brutale contre un obstacle se fait avec une puissance encore bien supérieure et trop souvent mortelle. Sans maîtrise, pas d’utilité. C’est le cas notamment de l’énergie thermonucléaire que, tant qu’à présent, nous n’avons réussi à produire que lors d’explosions dégageant une quantité massive d’énergie, mais en trop peu de temps pour qu’elle puisse servir à autre chose que la destruction. Il y a d’ailleurs là une terrible frustration des mondes scientifiques et technologiques, ce qui explique probablement l’ampleur des moyens investis dans la poursuite obstinée du rêve de la fusion contrôlée.

En dehors de la science et des technologies, le mot « puissance » a un sens commun exprimant la capacité à réaliser, ou à imposer, des objectifs. On parle d’un homme puissant, on dit d’un pays qu’il est une grande puissance. Dans ce sens, le mot est proche du terme « pouvoir ». Les deux se traduisent d’ailleurs en anglais par le même mot : « power ».

Revenant aux technologies, on y trouve aussi le terme « puissance » dans son sens commun. On parle par exemple de « puissance de calcul ». Et ce n’est pas un hasard. Nos modèles et nos algorithmes nous permettent de prévoir par le calcul. Et la capacité de prévoir donne de la puissance. De la même façon accumuler les informations, les conserver, les analyser et les exploiter permet, selon le cas, de prédire le temps qu’il va faire, ou ce que nous allons avoir envie d’acheter, de lire ou de regarder. C’est ce que font des sociétés comme Google, Amazon ou Facebook actuellement parmi les plus puissantes au monde. Et, quand une telle puissance existe, il faut la gérer et la maîtriser.

Chers nouveaux diplômés, qu’est-ce que tout cela a à voir avec vous ? Vous venez de terminer des études, vous avez acquis des connaissances et des compétences. Cela vous donne une capacité d’agir, de réaliser, de convaincre, autrement dit une certaine puissance, un certain pouvoir. Cette puissance et ce pouvoir vont fort probablement croître au cours de votre carrière par la multiplication de vos connaissances et de vos contacts. Vous serez probablement amenés à diriger d’autres personnes, étendant ainsi plus encore vos capacités d’action.

Avoir du pouvoir est souvent vu comme enviable, mais est aussi une grande responsabilité. Le pouvoir permet beaucoup, mais il est tentant de l’utiliser à mauvais escient ou d’en abuser. Il ne faut pas regarder bien loin d’ici pour en avoir des exemples récents. Remonter dans l’histoire est loin d’être rassurant. Au cours des siècles, l’homme a développé sa puissance et combien de fois n’a-t-elle pas été utilisée pour détruire et tuer. Le bulletin collectif de l’humanité est loin d’être brillant.

Alors, mon message aujourd’hui est que votre diplôme, votre formation que nous célébrons n’auront de sens que si vous arrivez à maîtriser et bien utiliser le pouvoir que vous avez acquis.

Les médecins prêtent un serment relatif au bon usage de leurs connaissances et du pouvoir qu’elles confèrent. Ce n’est pas dans nos habitudes, mais je voudrais que vous reteniez quelques messages concernant le pouvoir que nous vous avons aidés à acquérir.

Ne le laissez pas dormir ! L’inaction, le silence sont un confort illusoire et un gaspillage de vos capacités.

Utilisez-le pour des objectifs auxquels vous croyez ! Il n’y a pas que les grandes réalisations qui comptent. Chaque action prend toute son importance si on est convaincu que l’on agit à bon escient.

N’en abusez pas pour vous même ! Plus on a d’avantages, plus il est facile d’en obtenir plus. Demandez-vous toujours si ce que vous faites est juste.

N’en abusez pas envers les autres ! Nul ne se grandit en écrasant ceux qu’il contrôle.

Ne vous laissez pas prendre par l’euphorie ! Le pouvoir est enivrant, plus on en a, plus on en veut. C’est là que la maîtrise prend toute son importance.

Abraham Lincoln a dit : « Nearly all men can stand adversity, but if you want to test a man’s character, give him power. » Je traduis : « Presque tous les hommes peuvent supporter l’adversité, mais si vous voulez tester le caractère d’un homme donnez lui du pouvoir. »

Au cours de vos études, vous avez passé de nombreux examens et autres épreuves. Maintenant, il vous reste un test à réussir tout au long de votre vie. Il est loin d’être insurmontable et personne ne vous mettra de note, mais il sera toujours à recommencer. Vous avez un beau titre universitaire en poche, reste à mobiliser votre capacité d’action pour toujours contribuer positivement partout ou vous serez, dans votre famille, parmi vos collègues proches, dans un poste de direction, ou simplement comme femme ou homme vivant sur cette terre.

Je vous ai vu pendant vos études, travailler, collaborer, vous impliquer, apprendre et évoluer. Alors, sans hésitation, je conclus en vous disant simplement que j’ai confiance en vous !