Notre Université : liberté de chercher, passion de transmettre, éveil à la démocratie critique (par J. Winand)

L’enseignement universitaire a ceci de particulier qu’il s’irrigue profondément et continuellement dans la recherche. Dès le premier cycle, les étudiants sont mis en contact avec les résultats les plus récents de la recherche, avec ses méthodes, avec ses doutes aussi et ses balbutiements. Ils ont pour cela une place de premier choix, puisque leurs enseignants sont des acteurs directs de la recherche, reconnus internationalement.

D’autres établissements font également de l’enseignement au niveau supérieur et revendiquent des activités de recherche. La différence entre ces établissements et l’université n’est pas qu’une question d’échelle, de quantité ou d’intensité. Il y a aussi quelque chose de plus fondamental qui distingue une formation universitaire de toutes les autres. C’est que cette formation que nous dispensons va – devrais-je dire, devrait aller ? – plus loin que l’apprentissage de techniques, aussi sophistiquées soient-elles. Nos enseignements, au travers de la recherche, sont aussi des lieux de réflexion – nécessairement de nature transversale – sur le sens que nous pouvons donner au monde qui nous entoure. Perdre cette dimension, c’est renoncer à l’esprit universitaire pour se contenter de former des diplômés pré-formatés.

L’élection d’un nouveau recteur, d’une nouvelle équipe rectorale, devrait être un temps de pause pour réfléchir à ce qui nous rassemble au sein de l’Institution, à ce qui nous définit en tant qu’universitaire, à ce que nous pouvons apporter à la société dans laquelle nous sommes insérés. C’est aussi un magnifique exercice démocratique, où chacun pourra exercer son esprit critique.

Les programmes, les discours, les prises de parole sont des instruments parfois bien rodés. Alors, il faut prendre le temps de gratter sous la surface un peu trop bien polie des phrases, d’aller au-delà des formules-chocs, de se renseigner et de recouper les informations. Bien plus que le style et la rhétorique, l’essentiel est la maîtrise des dossiers à gérer, une pensée originale et une vision claire sur l’avenir de l’Institution et les moyens concrets d’y arriver. C’est cela aussi la formation universitaire : décrypter le monde, décoder les messages en passant au travers des apparences pour retrouver le sens.

Les questions qui touchent à l’identité universitaire, à son mode de fonctionnement, à son insertion dans la société me préoccupent depuis de nombreuses années. Je me suis souvent exprimé sur ces points dans des articles, des conférences et des interviews. L’année dernière, deux moments particulièrement forts m’ont permis de cristalliser un moment de cette réflexion : la première Conférence mondiale des humanités, organisée à Liège en partenariat avec l’UNESCO, et la publication d’un essai L’université à la croisée des chemins, paru à l’Académie royale de Belgique.

C’est pour toutes ces raisons que je me suis inscrit de manière résolue dans le projet porté par Pierre Wolper et les membres de son équipe, Ensemble pour l’Université de Liège.

Jean Winand