Enseignement universitaire : quels objectifs pour demain (par A.-S. Nyssen, J. Winand et R. Cloots)

Nous connaissons les difficultés de l’enseignement universitaire, auxquelles chacun(e) d’entre nous est confronté(e) dans ses fonctions. Certaines sont communes à toutes les universités, à l’échelle nationale voire internationale, et résultent d’une demande croissante dans une enveloppe de financement en stagnation. Leurs solutions devront être coordonnées entre universités et négociées avec les hautes écoles. C’est ce que nous voulons faire, en toute indépendance, au delà des logiques politiques ou financières, en nous opposant à tout abaissement des exigences de notre enseignement.

D’autres difficultés sont plus spécifiques à l’ULiège. Elles relèvent de choix de gestion propres à notre Université, empruntés pour l’essentiel au privé : évaluations incessantes, changement fréquent des règles, excès de bureaucratisation, séparation artificielle des missions d’enseignement, de recherche, de service que nous portons chacun à des degrés divers…. Nous proposons un changement de modèle de gestion, guidé par un objectif central : simplification des procédures, des structures, pour redonner de l’espace et du temps aux activités qui constituent le cœur même de notre métier. Dans la pratique, nous expérimenterons une gestion de proximité qui permettra aux personnels de participer à la conception des procédures et des projets qui les concernent !

Au delà de ces difficultés, l’enseignement universitaire est aussi confronté à des défis excitants pour bâtir l’avenir des nouvelles générations. La progression de l’intelligence artificielle va nous obliger à investir dans ce que l’humain a de plus précieux : l’intelligence des relations, l’intelligence des émotions, l’intelligence des situations. De nouveaux métiers vont apparaître. Ils demanderont des connaissances et des techniques disciplinaires nouvelles et spécialisées, et nous ne les connaissons pas encore ! Ils demanderont donc surtout des compétences en terme d’adaptabilité, de flexibilité mentale, de créativité, de méthodes d’analyse, de raisonnement critique, de coopération et de communication. Nous voulons par conséquent une Université de Liège moderne où l’enseignement ne se contente plus de transmettre des savoirs, mais crée des environnements d’apprentissage et de travail stimulants permettant d’acquérir – et de maintenir demain – les compétences techniques, humaines et sociales indispensables pour bien vivre dans une société en évolution permanente et rapide.

Un tel programme est bien différent d’une simple intensification de l’usage des TIC dans l’enseignement. Par exemple, il est à l’opposé d’une dématérialisation systématique des enseignements, qui conduirait l’université à se vider progressivement de ses activités de construction collective et d’appropriation partagée des savoirs et des compétences. Les interactions, la coopération interdisciplinaire, les échanges avec la société, les rencontres avec la créativité culturelle sont à la fois, en eux-mêmes, un objet d’apprentissage et un cadre d’apprentissage extrêmement puissant, qui prolonge et fertilise le travail personnel.

Sur le plan de l’enseignement, la nouvelle équipe rectorale ne se contentera donc pas d’un statu quo. Elle visera à renforcer ce qui fait une singularité de l’enseignement universitaire: un espace ouvert de transmission des savoirs, mais aussi un espace où l’on apprend à apprendre, un objectif plus que jamais d’actualité dans notre société en transformation continue ! C’est donc un objectif qui se déploie sur la longue durée, car l’apprentissage ne peut plus se concevoir comme une période limitée de la vie ; nous mettrons tout en œuvre pour que l’Université de Liège propose des formules attractives à tous ceux qui doivent mettre à jour leurs connaissances, à tous ceux qui devront adapter et réorienter leurs parcours de vie. Cela suppose que l’enseignement universitaire soit aussi un espace d’expérimentation, un territoire de construction des parcours intellectuels, capable tout à la fois de former des esprits critiques et de valoriser les cheminements atypiques.

One thought on “Enseignement universitaire : quels objectifs pour demain (par A.-S. Nyssen, J. Winand et R. Cloots)

  1. Votre réflexion commune est exemplaire et vraiment novatrice au sein de l’ULiege. Je me réjouis de pouvoir constater votre victoire et de suivre votre cheminement collectif avec à la barre un Recteur à la hauteur et à l’écoute .
    Félicitations sincères et bon vent.
    Michel Erpicum

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