Des réponses et des questions

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Sur un site un peu inattendu « mandatdurecteurliege » est apparu récemment un texte qui se présente comme une suite à la carte blanche parue dans La Libre Belgique début décembre 2017. Le texte a clairement pour objectif de susciter le débat et pose des questions aux candidats Recteur. Il s’agit d’une initiative constructive, tout comme le « Livre vert » préparé par le Conseil du Corps Scientifique qui, très naturellement, est lui plus orienté vers des questions relatives à la carrière. Le texte diffusé est assez long et comporte au moins autant de prises de positions que de questions, celles-ci étant déjà nombreuses.

Un débat serait le cadre idéal pour que les idées de chacun ressortent avec finesse et soient bien comprises. En attendant qu’il s’organise, plutôt que de rester muet, je présente mes premières réactions sur les quatre thèmes abordés dans le document. Une analyse plus circonstanciée sera bien sûr aussi développée dans le programme.

Le Recteur et le pouvoir politique

Le Recteur d’une institution très majoritairement financée par les pouvoirs publics a forcément des contacts fréquents avec le monde politique. Il s’agit d’une relation délicate car le rôle du Recteur est à la fois d’obtenir des moyens pour son université et d’intervenir, souvent de façon critique, dans les débats sur les législations et choix proposés en matière d’enseignement supérieur. Heureusement, les objectifs des gouvernements ne sont pas toujours à l’opposé de ceux défendus par l’université, mais il reste essentiel de pouvoir défendre fermement et efficacement la position universitaire, même si cela ne plaît pas forcément au pouvoir en place. Cela exige d’être aussi convaincu que convaincant, toujours sur la base d’un raisonnement solidement étayé et, surtout, de ne pas porter d’entraves à sa liberté.

Le Recteur et la définition de l’université

Le concept d’une université où recherche et enseignement vont de pair et se renforcent mutuellement est déjà ancien. Régulièrement critiqué, il reste néanmoins la référence jamais détrônée. Le modèle étant établi, reste à optimiser sa mise en œuvre. Là aussi les ingrédients essentiels ne sont pas bien mystérieux : la bonne gestion des recrutements et promotions, un cadre de travail combinant support et liberté, des objectifs clairs et partagés, un minimum de tracasseries perturbantes et des moyens suffisants. Ce dernier point est souvent le plus difficile à garantir vu les contraintes du système de financement en FWB, mais les autres ingrédients n’exigent rien de plus que la volonté de les mettre en œuvre. L’absurde est que, quand les moyens manquent, on a tendance à restreindre la liberté et augmenter les tracasseries, ce qui déclenche une spirale infernale. C’est un peu comme ce qu’on peut observer dans l’économie où des politiques trop restrictives transforment parfois une perturbation en dépression profonde. Au contraire, en période de crise, la confiance, la solidarité, un agenda clair et transparent sur des priorités partagées permettent de mobiliser les énergies et de ressortir plus fort.

Le Recteur et la gestion de l’institution

Gérer une institution de 5.000 personnes accueillant 23.000 étudiants n’est forcément pas toujours simple et les problèmes ne manquent jamais. Dans cette tâche, l’écoute et la concertation sont des aides précieuses, pour tout dire indispensables. Il faut laisser s’exprimer les idées et ouvrir le débat. Par contre, trop de structures ou d’organes, la multiplication des procédures sont une surcharge délétère ; ils font aussi que très souvent on ne décide pas, ou que l’on s’en tient aux choix les plus conservateurs. Les règles ou formules simplistes appliquées uniformément dans l’institution évitent les discussions de fond, mais sont un vrai danger. En procédant de la sorte, on ne gère plus et, le plus souvent, on se contente de propager les situations et les erreurs du passé. Une université ne se gère pas non plus comme une entreprise, son rôle et son mode de fonctionnement sont trop différents. La rentabilité de la production de savoir et de la formation ne se mesure pas. Ce sont des processus qui se construisent dans le questionnement et l’expérimentation et où l’essentiel est de mobiliser son personnel pour avancer avec audace.

Le Recteur et la communication

Le Recteur donne une image de l’institution, en interne, mais aussi en externe où il est un interlocuteur privilégié portant la réputation et la crédibilité de son université. C’est donc un rôle essentiel que l’on ne peut négliger. Plus généralement, il en va ainsi de la communication institutionnelle. S’il y a une vision claire et largement partagée du rôle de l’institution et de l’image qu’elle veut projeter, les choix se font naturellement. C’est aussi par la communication tant interne qu’externe que se (re)construit une communauté universitaire.