Retour à l’essentiel

En anglais, l’expression « Back to Basics » est à la fois parfaitement claire et portée par une agréable allitération. La formule est difficile à reproduire en français bien que l’on pourrait tenter « Priorité au Primordial ». Vu le sujet, j’ai toutefois choisi un titre simple, naturel et clair plutôt que de favoriser la tournure de style.


Le nombre de nouveaux étudiants inscrits est suivi quotidiennement avec minutie, les rankings sont surveillés et analysés dès leur parution, les futures règles de financement font l’objet de spéculations angoissées et d’une analyse financière poussée, la comparaison avec les autres universités est constante, … en bref, tous les paramètres de l’Université sont étroitement surveillés avec la diligence d’un hypocondriaque anxieux.

Dans cet état d’esprit, toute variation suspecte d’un paramètre exige une réaction : on s’inquiète, on consulte, on cherche l’organe (la faculté) responsable, on propose des mesures de prudence, on crée un groupe de travail, on renforce la surveillance des indicateurs, on investit dans la promotion et la communication et, surtout, le niveau général d’inquiétude monte. Mais, l’Université est-elle malade ou maladivement hypocondriaque ?

Gérer rationnellement une institution est impossible sans connaître sa situation que ce soit sur le plan financier ou du recrutement étudiant. On ne peut ignorer que nous vivons une période de changements avec ses menaces, ses opportunités et toutes les questions et choix qui en découlent. Nous dépendons largement d’un pouvoir politique interventionniste et dont l’orientation et les options pourraient rapidement changer. Il y a de quoi arriver à un état de préoccupation obsédante et réagir frénétiquement à tout signal perturbant par des mesures superficiellement rassurantes, que ce soit de nouvelles évaluations, de nouvelles structures internes, des restrictions, ou encore de nouvelles règles et procédures.

Mais, la combinaison toxique d’actions (forcément stratégiques), de la concurrence interne face aux restrictions et de préoccupations existentielles fait oublier la clé du succès et de la pérennité de l’Université : un enseignement de qualité, une recherche performante et une implication constructive dans la communauté qui nous entoure, en bref bien réaliser nos missions essentielles. Une université qui remplit bien, très bien, son rôle apporte tellement que l’irrationalité politique qui mènerait à la priver dangereusement de moyens n’est pas imaginable.

 « Bien réaliser ses missions » est facile à dire, mais comment y arriver ? Bien plus qu’un plan détaillé, travailler et décider en ayant toujours cet objectif à l’esprit nous mènera loin. Cela veut aussi dire permettre à chacun de travailler dans la coopération plutôt que la concurrence, dans la confiance plutôt que le contrôle, dans le plaisir du travail bien fait plutôt que la comptabilité des résultats. Idéaliste, peut-être, mais irréaliste certainement pas. Les membres de l’Université ont de grandes compétences, ne les étouffons pas, mais libérons leur potentiel pour nos missions essentielles qui sont aussi leur motivation. C’est ainsi que les problèmes se résoudront et que nous progresserons, y compris dans les rankings.

4 Replies to “Retour à l’essentiel”

  1. OUI, remplir les missions essentielles de l’Université, sans se laisser affoler par des fluctuations dans les ‘indicateurs’, travailler dans la confiance et la coopération. Là je suis à la retraite, mais c’est ainsi que j’ai vécu (généralement avec bonheur) mon travail à l’Université de Liège – travail épanouissement et pas travail torture.

  2. Sans viser si haut, car il faut des moyens que la petite Belgique n’a pas, nous pourrions quand même nous inspirer de l’esprit d’entreprise de Stanford par exemple ? Plutôt que de réinventer la roue ?

    1. Cela n’a rien de contradictoire, revenir à l’essentiel n’est pas se fermer, mais éliminer les tracasseries et complications inutiles qui justement freinent l’esprit d’initiative et d’entreprise. J’ajouterais que ma vue du monde universitaire est certainement influencée par Stanford où j’ai obtenu mon doctorat.

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