Malaise

Un texte publié sur le site de La Libre Belgique ce lundi 4 décembre [1], et signé par 124 de ses membres, présente l’Université de Liège comme la juxtaposition de deux universités qui ne se comprennent pas et vivent dans un malaise profond. Il y a différentes façons d’interpréter ce schisme universitaire. On peut le voir comme l’opposition entre la volonté de progrès et la nostalgie du passé, comme l’incompréhension entre disciplines et filières « utilitaires » et celles réputées être « purement académiques », comme le rejet des techniques managériales par des universitaires englués dans leurs traditions, ou encore comme le reflet d’un malaise bien plus large qui a envahi non seulement l’enseignement supérieur, mais toute la société.

Plutôt que de faire l’analyse de ce texte élégant mais dérangeant, je voudrais simplement partir du constat difficilement contestable que le malaise est bien réel et faire un premier examen tout personnel de ses causes.

Certaines sont externes à l’Université de Liège et touchent de façon similaire tout l’enseignement universitaire francophone de Belgique. Il y a tout d’abord la situation schizophrénique induite par la contradiction totale entre la pression à la collaboration, maintenant personnalisée par l’ARES, et les règles de financement qui poussent à une concurrence féroce. Il y a aussi une certaine frénésie législative qui de réforme en réforme nous plonge dans un « paysage à la sauce bolognaise » qui n’a ni le charme de nos campagnes, ni la saveur de la cuisine transalpine. Tout cela peut se résumer en la constatation trop souvent vérifiée que moins un pouvoir politique a de moyens à consacrer à ses universités, plus il les inonde de règles.

Regardant maintenant à l’intérieur, il faut bien constater que les défauts du contexte externe y sont trop souvent reproduits avec notamment la menace, heureusement peu concrétisée, de répartir les ressources entre facultés suivant les modalités de la distribution entre universités. Cette menace suffit largement à créer un vrai malaise et la coopération interne s’en trouve immanquablement freinée, au détriment de tous.

Sur un autre plan, la prise de décision interne s’est aussi largement complexifiée, ce qui ne la rend ni plus juste, ni plus transparente, mais se paie en lourdeurs et délais générateurs de stress. Prenons à titre exemple la confirmation à titre définitif d’un membre du corps académique qui implique deux procédures séparées impliquant au moins 7 organes internes.

Aussi, le message sur le positionnement et les priorités de l’Université est particulièrement brouillé. La lecture du plan stratégique laisse sans réponse la question de savoir ce qui n’est pas stratégique avec pour conséquence la crainte largement répandue d’être, sans le savoir, dans cette catégorie menacée. La communication dans laquelle on a beaucoup investi en cette année du bicentenaire a son utilité, mais contribue au malaise quand l’investissement est concomitant à la suppression de postes d’assistants qui sont au cœur des missions de l’Université.

Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin pour comprendre le malaise, et je conclus avec les auteurs de la lettre qu’il est temps de construire pour l’Université de Liège un projet qui inspire et rassemble.