Vote électronique?

Lors de sa séance de novembre 2017, Le Conseil d’Administration de l’Université de Liège a décidé de revoir la procédure de vote pour les prochaines élections rectorales, s’orientant vers un vote en bureau de vote avec isoloirs, selon des modalités encore à préciser. C’est un grand pas dans la bonne direction, reste à choisir des modalités qui satisfassent toutes les exigences d’un système de vote démocratique, … et que tous les électeurs en soient convaincus.

Voici le texte que j’avais rédigé à ce sujet.


Quand le vote électronique est inacceptable

En 2014, le mode d’élection du Recteur de l’Université de Liège a été profondément modifié. Précédemment, le Recteur était élu par le corps académique qui se réunissait en un seul lieu pour procéder à des tours de votes successifs jusqu’à ce qu’un professeur éligible obtienne les 2/3 des suffrages. Le vote se faisait sur papier et le temps de dépouillement de chaque tour était l’occasion de discussions allant de l’anodin au conciliabule électoral stratégique.

Pour l’élection de 2014, le corps électoral a été étendu à tous les membres de l’Université, étudiants compris, avec un poids électoral distinct pour chaque catégorie de personnel (académique, scientifique, technique et administratif) et pour les étudiants. On peut certainement débattre longuement sur les avantages et inconvénients des systèmes ancien et nouveau, mais le but ici est d’examiner un autre changement concomitant : le passage au vote électronique.

La motivation du passage au vote électronique était essentiellement pragmatique, l’extension du corps électoral rendant de toute évidence une élection traditionnelle avec bulletins papiers et bureaux de vote nettement plus lourde à organiser. Plus lourde, mais certainement pas impossible, l’Université de Mons opérant suivant des règles électorales identiques avait choisi de voter selon la méthode traditionnelle.

Le caractère pratique du vote électronique est indéniable, son défaut est qu’il n’offre pas les mêmes garanties qu’un vote papier traditionnel. Pour qu’une élection puisse être considérée comme démocratique, elle doit satisfaire un certain nombre de caractéristiques :

  • seuls les électeurs légitimes peuvent voter, et ils ne peuvent voter qu’une fois ;
  • le vote est anonyme, c’est à dire qu’il est impossible de savoir comment un électeur individuel a voté ;
  • le vote se fait sans contraintes, l’électeur ne peut être surveillé au moment de son vote, ni avoir par la suite la possibilité de prouver comment il a voté à quelqu’un qui pourrait lui nuire, le favoriser ou l’acheter ;
  • le décompte des votes est contrôlé et peut être vérifié indépendamment.

Une caractéristique tout aussi importante que les précédentes est le fait que l’électeur soit convaincu que la procédure de vote y satisfait. A défaut, il y a le risque que certains n’expriment pas un vote conforme à leur conviction et/ou qu’il y ait contestation du résultat.

Force est de constater que le système mis en place en 2014 ne satisfait qu’imparfaitement ces caractéristiques. Sans même envisager un piratage délibéré du système, il faut bien admettre que chacun n’est pas toujours rigoureux dans la gestion des identifiant et mot de passe servant à établir son identité. De plus, la seule garantie disponible sur les autres caractéristiques du système est la confiance que l’on peut avoir vis-à-vis de ceux qui l’ont mis en place et en l’absence d’interventions malicieuses pour corriger le décompte ou rompre l’anonymat. Personnellement, je suis convaincu que tout s’est passé correctement en 2014, mais il faut bien admettre qu’il s’agit ici d’une conviction qu’il est impossible de faire partager à d’autres par des arguments rationnels. Il s’agit là d’une faille majeure, car peut-on voter en toute indépendance si on doute du respect de l’anonymat dans l’élection d’une personne qui pourra avoir une influence certaine sur l’évolution de sa carrière, par exemple dans le cadre d’une procédure de promotion ?

Les chercheurs en informatique et en cryptographie se sont beaucoup intéressés au problème et diverses solutions ont été proposées. Elles sont complexes, difficiles à mettre en œuvre, souvent dépendantes d’une autorité de certification fiable et surtout, impossible à expliquer à l’électeur non spécialiste à qui on demandera de se fier à un processus qu’il ne comprend pas, ainsi qu’à la mise en œuvre qui en est faite. Ce ne serait donc guère une solution. On peut imaginer des solutions mixtes par exemple une procédure présentielle qui permet d’obtenir un identifiant de vote anonyme avant le vote électronique. Mais alors, le coût est quasi le même que pour une élection traditionnelle et l’absence de contraintes lors du vote n’est pas solidement garantie. La seule solution robuste est d’en revenir au vote papier traditionnel.