Maîtriser la puissance : discours prononcé lors de la cérémonie de mise à l’honneur des diplômés de la Faculté des Sciences Appliquées

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Pour un ingénieur, la puissance est une notion physique, en principe bien comprise, qui correspond à l’énergie produite ou consommée par unité de temps. Elle se mesure en watts et ses multiples : le milliwatt ou même le microwatt pour l’électronicien ; le kilowatt pour le mécanicien ; le mégawatt ou encore le gigawatt pour l’énergéticien.

L’histoire de nos disciplines pourrait être caricaturée en une course à la puissance : des premières machines à vapeur de James Watt lui-même, nous sommes arrivés aux énormes centrales nucléaires ou hydroélectriques et à la fusée Saturn V qui a permis à des hommes d’atteindre la lune.

Plus de puissance est souvent désirable et désiré, c’est ce qui, au sens physique littéral, permet de faire plus de travail en moins de temps. Ainsi, beaucoup sont fascinés par les voitures de sport qui permettent d’atteindre (et de dépasser) la vitesse limite en étant collé à son siège pendant une poignée de secondes exaltantes.

Mais, la puissance doit être maîtrisée. Si l’accélération est exaltante, la décélération brutale contre un obstacle se fait avec une puissance encore bien supérieure et trop souvent mortelle. Sans maîtrise, pas d’utilité. C’est le cas notamment de l’énergie thermonucléaire que, tant qu’à présent, nous n’avons réussi à produire que lors d’explosions dégageant une quantité massive d’énergie, mais en trop peu de temps pour qu’elle puisse servir à autre chose que la destruction. Il y a d’ailleurs là une terrible frustration des mondes scientifiques et technologiques, ce qui explique probablement l’ampleur des moyens investis dans la poursuite obstinée du rêve de la fusion contrôlée.

En dehors de la science et des technologies, le mot « puissance » a un sens commun exprimant la capacité à réaliser, ou à imposer, des objectifs. On parle d’un homme puissant, on dit d’un pays qu’il est une grande puissance. Dans ce sens, le mot est proche du terme « pouvoir ». Les deux se traduisent d’ailleurs en anglais par le même mot : « power ».

Revenant aux technologies, on y trouve aussi le terme « puissance » dans son sens commun. On parle par exemple de « puissance de calcul ». Et ce n’est pas un hasard. Nos modèles et nos algorithmes nous permettent de prévoir par le calcul. Et la capacité de prévoir donne de la puissance. De la même façon accumuler les informations, les conserver, les analyser et les exploiter permet, selon le cas, de prédire le temps qu’il va faire, ou ce que nous allons avoir envie d’acheter, de lire ou de regarder. C’est ce que font des sociétés comme Google, Amazon ou Facebook actuellement parmi les plus puissantes au monde. Et, quand une telle puissance existe, il faut la gérer et la maîtriser.

Chers nouveaux diplômés, qu’est-ce que tout cela a à voir avec vous ? Vous venez de terminer des études, vous avez acquis des connaissances et des compétences. Cela vous donne une capacité d’agir, de réaliser, de convaincre, autrement dit une certaine puissance, un certain pouvoir. Cette puissance et ce pouvoir vont fort probablement croître au cours de votre carrière par la multiplication de vos connaissances et de vos contacts. Vous serez probablement amenés à diriger d’autres personnes, étendant ainsi plus encore vos capacités d’action.

Avoir du pouvoir est souvent vu comme enviable, mais est aussi une grande responsabilité. Le pouvoir permet beaucoup, mais il est tentant de l’utiliser à mauvais escient ou d’en abuser. Il ne faut pas regarder bien loin d’ici pour en avoir des exemples récents. Remonter dans l’histoire est loin d’être rassurant. Au cours des siècles, l’homme a développé sa puissance et combien de fois n’a-t-elle pas été utilisée pour détruire et tuer. Le bulletin collectif de l’humanité est loin d’être brillant.

Alors, mon message aujourd’hui est que votre diplôme, votre formation que nous célébrons n’auront de sens que si vous arrivez à maîtriser et bien utiliser le pouvoir que vous avez acquis.

Les médecins prêtent un serment relatif au bon usage de leurs connaissances et du pouvoir qu’elles confèrent. Ce n’est pas dans nos habitudes, mais je voudrais que vous reteniez quelques messages concernant le pouvoir que nous vous avons aidés à acquérir.

Ne le laissez pas dormir ! L’inaction, le silence sont un confort illusoire et un gaspillage de vos capacités.

Utilisez-le pour des objectifs auxquels vous croyez ! Il n’y a pas que les grandes réalisations qui comptent. Chaque action prend toute son importance si on est convaincu que l’on agit à bon escient.

N’en abusez pas pour vous même ! Plus on a d’avantages, plus il est facile d’en obtenir plus. Demandez-vous toujours si ce que vous faites est juste.

N’en abusez pas envers les autres ! Nul ne se grandit en écrasant ceux qu’il contrôle.

Ne vous laissez pas prendre par l’euphorie ! Le pouvoir est enivrant, plus on en a, plus on en veut. C’est là que la maîtrise prend toute son importance.

Abraham Lincoln a dit : « Nearly all men can stand adversity, but if you want to test a man’s character, give him power. » Je traduis : « Presque tous les hommes peuvent supporter l’adversité, mais si vous voulez tester le caractère d’un homme donnez lui du pouvoir. »

Au cours de vos études, vous avez passé de nombreux examens et autres épreuves. Maintenant, il vous reste un test à réussir tout au long de votre vie. Il est loin d’être insurmontable et personne ne vous mettra de note, mais il sera toujours à recommencer. Vous avez un beau titre universitaire en poche, reste à mobiliser votre capacité d’action pour toujours contribuer positivement partout ou vous serez, dans votre famille, parmi vos collègues proches, dans un poste de direction, ou simplement comme femme ou homme vivant sur cette terre.

Je vous ai vu pendant vos études, travailler, collaborer, vous impliquer, apprendre et évoluer. Alors, sans hésitation, je conclus en vous disant simplement que j’ai confiance en vous !

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