Mon engagement pour l’Université

Ce texte vise à expliciter avec concision la vision que j’ai développée pour l’Université avec mon équipe, ainsi que notre approche pour assurer son fonctionnement et sa gestion. Elle est organisée en douze points de positionnement et d’action.

        I.     Continuité, changement et renouveau

Dans un contexte changeant et incertain, l’Université doit évoluer et s’adapter. Mon engagement est que le changement sera raisonné et progressif, plutôt que dogmatique. Pas de grandes réformes remettant tout en cause, mais une évolution de notre organisation et de notre fonctionnement qui sera toujours justifiée par nos objectifs, concertée, compréhensible et sans perturbations inutiles.

Il en va de même de la constitution d’une équipe destinée à gérer une institution complexe et ne manquant pas de particularités. L’expérience avérée du futur Recteur et de son équipe est loin d’être superflue, voire même déterminante pour concrétiser un programme sans hésitations et tergiversations déstabilisantes (des actions qui seront rapidement mises en œuvre sont encadrées et repérées en marge par le mot « Action » dans le corps du programme). Allier cette expérience à un renouveau significatif garantit la continuité tout en apportant le regard frais indispensable et l’ouverture pour l’avenir.

       II.     Réaffirmer la spécificité de l’enseignement universitaire

L’Université intègre de manière forte enseignement et recherche et couvre une large variété de disciplines allant du technologique à l’humain. Ainsi, non seulement elle contribue à la connaissance qu’elle transmet, mais aussi permet à ses étudiants d’acquérir les compétences tant techniques qu’humaines et sociales nécessaires à appréhender les situations complexes et nouvelles de demain. Cette vue est à défendre avec conviction pour éviter toute dérive vers un modèle étriqué privilégiant l’utilité immédiate.

     III.     Une Université qui compte dans le monde

Les connaissances s’élaborent et se diffusent au niveau mondial et la recherche n’a de sens que dans un contexte largement international. Cela implique que l’Université doit atteindre ce niveau de visibilité et que ses chercheurs et enseignants doivent être des partenaires et interlocuteurs reconnus tant au niveau national qu’international. Soutenir la mobilité des étudiants et des enseignants-chercheurs ainsi que le montage de projets internationaux, veiller à l’attractivité lors de nos recrutements et y apporter tout le soin nécessaire sont des actions essentielles pour cet objectif.

C’est aussi par son positionnement au niveau européen et international que l’Université remplit pleinement son rôle au niveau régional et qu’elle est un moteur du développement tant économique que social et culturel.

      IV.     Un financement rationnel des universités

Le financement des universités par la Fédération Wallonie-Bruxelles est contingenté dans une « enveloppe fermée » qui, vu la croissance continue du nombre d’étudiants, conduit à un financement par étudiant en baisse constante, au point qu’il est maintenant à peine supérieur au financement d’un étudiant du secondaire. La FWB considère donc qu’au niveau de la Fédération le coût de chaque étudiant universitaire additionnel est nul. Par contre, il en va tout autrement pour la répartition du financement entre universités où le nombre d’étudiants est le critère dominant.

Dans ce contexte, la révision prévue en 2020 de la loi de financement est un sujet de préoccupation majeur ; chaque institution s’y prépare en cherchant les paramètres qui pourraient lui être favorables. Toutefois, tant que l’on reste dans une enveloppe fermée, tout ajustement ne fera que modifier marginalement la répartition de la pénurie de moyens. Les universités doivent se battre de manière collective et solidaire pour sortir de la fiction de l’étudiant additionnel à coût nul. Une voie réaliste serait que l’enveloppe universitaire, qui doit rester spécifique, évolue avec la croissance du nombre d’étudiants mais en ne comptabilisant le coût de l’étudiant additionnel que pour une fraction du coût moyen. La répartition entre universités pourrait alors se faire suivant la même règle en évitant les effets pervers du système actuel.

        V.     Donner du sens, valeurs et bien-être

Nous ne trouvons du sens à nos activités que si nous en comprenons les objectifs et pouvons les réaliser avec la satisfaction du travail utile et bien fait. Cela implique une excellente communication interne pour que chacun comprenne pleinement son rôle dans le fonctionnement de l’institution, ainsi que des valeurs partagées et mises en pratique au quotidien par tous. Celles que je défends avec force sont : intégrité, humanité et liberté. Ces éléments sont essentiels pour mener avec succès une politique active de bien-être. De plus, cette politique doit non seulement considérer les situations individuelles, mais également prendre en considération le contexte de travail et ses contraintes dans le but de favoriser le plaisir au travail et la qualité de vie.

      VI.     De l’ambition dans les objectifs, du pragmatisme dans leur mise en œuvre

L’Université doit résolument être ambitieuse dans ses objectifs. Ce n’est toutefois ni la multiplication des commissions et organes, ni les procédures longues et complexes, ni une gestion bureaucratique d’un plan aux trop nombreux volets qui permettront de les atteindre. Au contraire, simplifier et rendre du temps aux activités essentielles, faire confiance et adapter les procédures aux besoins effectifs, aligner le soutien et les incitants sur les objectifs choisis, réformer uniquement pour des motifs clairement explicités, bien analyser et consulter avant toute décision importante permettront un développement harmonieux auquel chacun pourra participer et adhérer.

    VII.     Des décisions motivées reposant sur la concertation

Il est essentiel de toujours consulter les personnes concernées par un projet, et ce bien avant la décision. C’est au moment de construire celui-ci que la concertation permet de réelles adaptations et apporte le plus à toutes les parties concernées. Par la suite, il est tout aussi important que les motivations des décisions prises et des procédures mises en place soient compréhensibles et connues de tous. Certes, cela exige un effort d’explicitation et de communication, mais nettement moindre que celui nécessaire à rétablir une situation devenue inutilement tendue.

  VIII.     Une modernisation qui tienne compte de l’humain

L’évolution des technologies de l’information modifie profondément notre façon de travailler, de communiquer et de vivre ensemble. On peut en attendre des gains en efficacité et en qualité mais, pour que ceux-ci se réalisent, il est nécessaire non seulement d’adapter nos outils et processus, mais surtout d’accompagner sur le terrain les changements que cela implique dans le travail de chacun. Cela signifie que dès la planification d’un nouvel outil informatique la concertation est de mise et que l’impact sur les individus doit être analysé pour préparer l’évolution de leur fonction et de leur mode de travail.

       IX.     Des carrières aux perspectives claires

Une saine gestion des carrières implique des procédures explicites, transparentes et suffisamment stables pour permettre aux personnes de se projeter à moyen et à long terme. Dès le recrutement, il faut être attentif à ce que la catégorie du poste soit conforme à la fonction prévue. Ceci concerne particulièrement les postes de logisticiens, scientifiques permanents et académiques parfois utilisés pour des fonctions identiques. Ensuite, il faut s’assurer que les perspectives d’évolution de carrières soient connues d’emblée et que les procédures de promotion mises en place offrent effectivement des possibilités conformes aux plans de carrières annoncés. Enfin, il faut toujours veiller à ce que les procédures soient ouvertes et équitables, et perçues comme telles.

         X.     Des campus exemplaires pour nos étudiants et notre personnel

Etudiants et membres du personnel passent une grande partie de leur temps sur nos différents campus (Liège, Gembloux et Arlon) et dans nos bâtiments. Il est essentiel que ceux-ci offrent des lieux de vie, de travail et de logement qui répondent aux différents besoins de chacun (travail isolé, interactions, travail de groupe, détente…). La mobilité vers et entre nos campus est également une priorité incontournable tant pour la qualité de vie des membres de l’Institution que pour notre attractivité. Points tout aussi essentiels, l’Université se doit d’être exemplaire du point de vue du développement durable et être intransigeante sur les questions de sécurité.

       XI.     Un enseignement en évolution raisonnée

Les outils disponibles pour l’enseignement évoluent rapidement ; il en va de même des attentes et des besoins de nos étudiants. Notre enseignement doit s’adapter tant en s’inscrivant dans les nouvelles techniques de formation (telles que les MOOCs, SPOCs…) qu’en répondant aux nouveaux besoins de formation, en particulier la formation continuée. Cela ne signifie toutefois pas une course effrénée à la nouveauté ; les méthodes plus traditionnelles conservent une valeur certaine. Notre objectif est d’offrir une variété d’approches, les choix étant guidés par la pertinence et l’efficacité objectivement évaluées.

     XII.     Une recherche soutenue et financée

Faire progresser notre recherche passe crucialement par le soutien de nos chercheurs. Ceci va de l’allègement de leurs tâches périphériques (achats, organisation, administration…) à une aide solide dans la recherche de fonds extérieurs. L’utilisation des fonds internes doit être transparente et répondre aux besoins les plus cruciaux, en particulier en matière de frais de fonctionnement. Finalement, l’Université doit, avec énergie et conviction, devenir le moteur d’une réflexion sur un refinancement de la recherche en Belgique francophone, et tout particulièrement de la recherche fondamentale. Il y va aussi de l’intérêt général.